« Yes, week-end »

Le débat parlementaire autour du travail dominical s’est ouvert le 17 décembre et devait continuer en journée. Plus de 4000 amendements déposés, des centaines d’heures de débats prévues, la loi du travail dominical ne passera pas sans heurts pour la majorité. Derrière ce retour sur un acquis social historique se cache une question de société primordiale, celle de la société de consommation à outrance. Les clés du débat en quatre points.

Autoriser le travail le dimanche va doper la consommation

FAUX


Pour les tenants de l’ouverture dominicale des commerces, celle-ci va permettre aux Français d’acheter davantage et donc de doper la croissance. Xavier Bertrand affirmait ainsi dans Les Échos du 19 novembre 2008 que «le chiffre d’affaires réalisé le dimanche [viendrait] en plus des autres jours de la semaine, pas à la place ». C’est oublier qu’en cette période de crise, le pouvoir d’achat des Français n’est pas extensible. Les dépenses réalisées le dimanche viendraient seulement remplacer celles réalisées jusque-là le reste de la semaine. À titre comparatif, le volume de consommation n’a pas fait un bond spectaculaire depuis que les ventes sur Internet permettent de faire ses achats 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. De nouveaux produits, de nouvelles formes de distribution émergent. Ces bouleversements ne modifient pas les contraintes ou les choix des consommateurs. C’est bien le pouvoir d’achat qui a le derniermot ! Or, dans les pays qui ont autorisé l’ouverture dominicale, les prix ont augmenté de 5% en moyenne.

Le travail du dimanche est créateur d’emploi

FAUX


De la même manière qu’il ne va pas augmenter la consommation globale des Français, le travail dominical ne créera pas d’emplois. L’ouverture des magasins alimentaires le dimanche détruirait plus d’emplois qu’elle n’en créerait. Si 40% des hypermarchés ouvraient le dimanche, les 10300 embauches potentielles ainsi suscitées seraient inférieures aux 16 800 pertes d’emplois dans les petits commerces dont les parts de marché seraient par ailleurs « cannibalisées » par cette concurrence déloyale, soulignait une récente analyse du Credoc.

Seuls les salariés volontaires travailleront le dimanche

FAUX


Et les salariés en sont conscients. La même étude du Credoc montre que 63% d’entre eux considèrent que, si la loi visant à autoriser l’ouverture des magasins le dimanche était adoptée, les salariés ne pourraient pas refuser de travailler le dimanche, même si la loi le leur permettait. Les salariés français savent que le rapport de force dans les entreprises n’est pas en leur faveur.

Les Français sont pour l’ouverture des magasins le dimanche

VRAI et FAUX


Les études d’opinion sur le sujet ne manquent pas, mais Xavier Bertrand ne retient que celles qui abondent dans le sens de son projet, en brandissant notamment une enquête Ifop du 23 septembre 2008 qui indique que 67% des Français « veulent » travailler le dimanche. Le ministre du travail y a vu la preuve que les mentalités « évoluaient ». Il oublie de préciser que sur ces 67%, les trois quarts n’accepteraient de travailler le dimanche qu’occasionnellement. Une enquête BVA réalisée en octobre 2008 arrive à une conclusion diamétralement opposée : 68% des Français répondent par la négative à la question « Seriez-vous d’accord pour travailler régulièrement le dimanche? » Dans une enquête TNS Sofres (janvier 2008), plus de 84 % des salariés considèrent que le dimanche est un jour de repos primordial.