« La crise grecque est un avertissement pour toute l’Europe »

Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national à l’Europe et aux relations internationales analyse la flambée de violence qui a secoué la Grèce ces derniers jours et évoque ses possibles répercussions.

Dans quel climat politique intervient cette révolte étudiante ?

Je crois qu’il est bon de rappeler les trois composantes de cette révolte. D’abord, la profondeur de la crise en Grèce. La situation économique dramatique et les scandales financiers à répétition sont la toile de fond. La précarité de la jeunesse scolarisée, la raison. Et la mort d’un jeune Grec dans une manifestation, l’étincelle. Au Parti socialiste, nous avons tout de suite pris position, indiquant qu’il s’agissait d’un signe annonciateur pour l’Europe. Nous avons aussi immédiatement écrit au PASOK (le Parti socialiste grec, ndlr) pour manifester notre solidarité et au PSE pour demander une prise de position des PS européens. Nous allons envoyer une délégation à Athènes et j’ai reçu une délégation du PASOK à Paris la semaine dernière.?

De quoi souffre la jeunesse grecque ?

La jeunesse grecque scolarisée souffre des mêmes maux que la jeunesse d’Europe. Mais elle est encore plus précarisée. On a parlé de la « génération 600 euros » qui est le salaire « au noir » pour débuter dans la vie. Le fait que Salonique, Larissa, Rhodes, Patras soient entrées rapidement dans la crise démontre, au-delà des manipulations, le caractère homogène de la situation.

Après les étudiants, les syndicats ont, à leur tour, manifesté en ordre groupé. Est-ce le signe d’une crise plus profonde du pouvoir politique ? Le gouvernement Caramanlis doit, soit partir, soit provoquer des élections. C’est le seul moyen de rétablir un peu d’ordre dans ce pays où l’exécutif est contesté de toute part, délégitimé et en chute libre dans les sondages.

Plus globalement, cette situation peut-elle être mise en parallèle avec la politique que mène,toute proportion gardée, le gouvernement français ?

Il n’y a pas de mouvement mécanique de la Grèce au reste de l’Europe, Mais ce sont des signes annonciateurs des tensions existantes. La jeunesse ne veut pas être la « laissée pour compte », la victime symbolique et réelle de l’effondrement du libéralisme financier. Elle a consenti beaucoup d’efforts pour obtenir un niveau élevé de qualification et aujourd’hui on lui dit « désolé,mais vous allez être les sacrifiés du marché providence qui s’est effondré ». Ce « No future ! » provoque la colère d’une génération qui s’estime sacrifiée. Il suffit de regarder ce qui se passe déjà en France où l’on constate une radicalisation dans les lycées. La plaine est sèche et un rien peut s’enflammer.


Témoignage de Thésée, étudiant à Athènes

Thésée Poullos vit au Pirée, et vient de terminer ses études de Droit. Il témoigne des manifestations dans la capitale grecque, expression du ras-le-bol étudiant, et plus largement du désarroi et de la colère face à la crise sociale et financière que traverse le pays. » L’ambiance des manifestations est clairement en train de changer. Au lendemain de la mort du jeune lycéen (Andreas Grigoropoulos tué par la police le 6 décembre ndlr), dans le quartier où vit une grande partie de l’extrême gauche d’Athènes – un quartier au demeurant beaucoup moins violent que ce que certains médias essayent de faire croire – ce sont en très grande majorité les anarchistes qui sont descendus dans la rue. Mais après, ce sont des parents, des élèves, des étudiants, qui ont manifesté pour faire entendre leur voix.Pour protester contre la violence policière quotidienne et ordinaire. Mais aussi dénoncer la profonde dégradation du niveau de vie au cours de ces dernières années. Pour certains produits les prix ont presque doublé alors que les salaires stagnent.

Financer ses études devient de plus en plus difficile, voire impossible, et pas seulement pour les classes populaires. Sans oublier le chômage qui est en constante augmentation. Les étudiants sont vraiment dans une situation intenable et le gouvernement ne semble pas prendre la mesure du problème.

Face à la colère, le clientélisme et la corruption se développent à vitesse grand V. Alors dans les cortèges, les slogans fusent et visent de nombreuses cibles. Les policiers, appelés familièrement « les claques » sont clairement en première ligne, mais on entend aussi des refrains tels que « vous donnez de l’argent aux banques, des balles aux élèves, notre temps est arrivé ».

Dans les médias, les confrontations politiciennes ont pris le pas sur les débats de fond, mais ça, on y est assez habitué. Ici, les scandales se succèdent et j’espère que ces évènements ne s’ajouteront pas à la liste, qu’ils ne seront pas aussitôt oubliés et remplacés par une autre actualité dont s’empareront les télévisions. »

A.V.