Travail en panne à Sandouville
En Seine-Maritime, l’usine Renault de Sandouville tourne au ralenti. La production est en chute libre. Les ouvriers chôment une semaine sur deux. Et un plan de départs dits volontaires menace un tiers d’entre eux. Ils attendaient des réponses de l’État. Rien n’est venu.
C’était en 1965. La régie nationale des usines Renault construisait une nouvelle chaîne de montage à Sandouville et employait, cinq ans plus tard près de 120 00 personnes.
Aujourd’hui, il ne reste que 3600 salariés menacés par une stratégie financière douteuse et par la crise. Sur le site, seule la moitié d’entre eux se déplace chaque semaine. «Depuis septembre, l’usine travaille en demi-équipe, avec une équipe par semaine contre deux auparavant. Sur la chaîne Velsatis et Espace, on fait un maximum de cinq voitures par jour et rien sur celle de la Laguna ! », lance Lionel Lepage, délégué CGT.
Les conséquences sociales sont dramatiques. Après avoir épuisé toutes les heures supplémentaires qu’ils avaient capitalisées sur un compte épargne temps, ils ont négocié avec la direction la possibilité pour prendre sur leurs propres congés afin de conserver la totalité de leurs salaires. Mais avec une production en chute libre, ils doivent passer par le chômage technique aujourd’hui. En moyenne, une perte mensuelle de 300 euros ! De quoi amputer des salaires déjà peu élevés (entre 1 400 et 1 700euros net selon l’ancienneté pour les opérateurs). Avec la crise, Carlos Ghosn, président du groupe Renault, a mis en place un plan de départs volontaires de 1 150 personnes, prévu pour fin avril 2009. « Pour un certain nombre de cas, il s’agit de licenciements déguisés, estime encore Lionel Lepage. Près de la moitié des personnes qui partent ont 58 ans. Dans six mois, ils se retrouveront à l’ANPE. La région est sinistrée, notamment dans le coin, près du Havre. Le taux de chômage avoisine les 14% ! D’ailleurs seules 102 personnes ont signé pour le départ. »
« On continue d’arroser les actionnaires »
La CGT a pourtant tenté de négocier avec la direction pour favoriser l’accompagnement des anciens. Sur 3 600 personnes, 2100 personnes avaient plus de 50 ans au 31 août. Des pré-retraites, par exemple, auraient rassuré les salariés. La direction comme l’État s’y opposent. Et l’inquiétude grimpe. La colère aussi, face à une direction qui a promis aux actionnaires une augmentation de 6% des objectifs financiers pour 2009. « Aujourd’hui Renault continue de faire des bénéfices. 1,6 milliards d’euros au premier semestre 2008. Au deuxième, même s’ils seront moindres, il y en aura encore. On continue d’arroser les actionnaires pendant que des salariés souffrent. L’État vient de toucher 180millions de dividendes ! », s’insurge Nicolas Guermonprez, opérateur et délégué CGT. Quant à la prime à la casse de 1 000 euros promise par Nicolas Sarkozy, Lionel Lepage ironise : « Ici on vend des Laguna qui approchent les 30000 euros. Comme si 1 000 euros allaient permettre d’en dépenser 29000 dans la foulée ! Les gens n’ont pas les moyens d’acheter une voiture neuve. »
Face à une telle situation, les élus locaux se trouvent démunis. Leurs moyens d’action sont limités. Pour sauver le secteur automobile, il aurait fallu une nouvelle politique industrielle. « Après les jupettes, les balladurettes, on a maintenant les sarkozettes, estime Didier Marie, conseiller général PS de Seine-Maritime. Elles vont peut-être permettre d’anticiper quelques achats de voitures, mais elles n’inverseront pas la tendance. Ce que nous attendons en tant qu’élus locaux et partenaires des salariés de Renault, c’est une vraie mobilisation. À la fois par un plan européen de soutien et de relance de l’industrie automobile, des investissements massifs dans la recherche et le développement pour les véhicules de demain, et un accompagnement social digne de ce nom. » Mais aujourd’hui, les ouvriers de Renault sont de simples variables d’ajustement. Bons à mettre à la casse si besoin.
Fanny Costes