PSE : « les citoyens d’abord : une nouvelle direction pour l’Europe »
Les sociaux-démocrates européens ont désormais un programme commun pour les élections européennes de juin prochain : leManifesto.Adopté àMadrid lors du congrès du Parti socialiste européen (PSE), le 1er décembre, ce texte relève le défi d’unir la gauche européenne autour des valeurs de progrès social, de responsabilité écologiquemais aussi et d’un cadre économique plus juste. Retour sur un événement fondateur.
«Les conservateurs sont majoritaires en Europe depuis les cinq dernières années. Qu’ont-ils fait pour la société ? Nous voulons que l’Europe aille dans une nouvelle direction, créant une société plus juste et mettant les citoyens au coeur de notre projet. » Il est 13 heures à Madrid, ce 1erdécembre, lorsque Poul Nyrup Rasmussen, le président du PSE, propose aux représentants des 27 partis progressistes européens un vote pour adopter le Manifesto. Chacun tend alors son bulletin . L’enthousiasme ambiant est palpable. Les sociaux-démocrates scellent un accord « historique ».
Ce programme, issu de la consultation des militants des quatre coins de l’Europe, de la société civile, puis amendé par les partis, propose en 71 points de transformer la donne européenne. «Ce texte est fortement marqué par des propositions économiques et sociale fortes. À commencer par un plan de relance qui implique non seulement la nécessité d’un contrôle rigoureux des marchés financiers mais propose aussi un grand plan d’investissement dans les infrastructures européennes, dans l’économie du développement durable, commente l’eurodéputé Harlem Désir. Le volet social est lui aussi prédominant. Nous demandons une directive-cadre de protection des services publics. Il est aujourd’hui nécessaire de trouver un nouvel équilibre en Europe entre l’intégration économique et le droit pour chaque État membre de défendre leurs services publics. »
Ensemble
À la tribune, Martin Schulz, président du groupe PSE au Parlement européen, revient sur le déroulement du débat à Bruxelles, en novembre 2007, sur les conséquences de la mondialisation. « Dans le rapport de Poul Nyrup Rasmussen, il y avait trois demandes : des règles claires pour les agences de notation, la fin du couplage des salaires des PDG et des bénéfices, qui encourage la spéculation à court terme et l’interdiction de spéculer sur les denrées de base. Les libéraux et les conservateurs nous avaient alors reproché d’être “ la voix du passé ”. Aujourd’hui, ils votent ces mêmes propositions et tiennent le langage que nous tenions, il y a un an.Vous n’en croiriez pas vos oreilles ! La dernière fois que quelqu’un a parlé comme eux, c’était Karl Marx en exil ! Ne les croyez pas, ce sont des hypocrites, ils ne pensent pas ce qu’ils disent. Lorsque la crise sera passée, ils reviendront à leurs anciennes positions. Et encourageront les bas salaires et la spéculation financière », affirme haut et fort le parlementaire européen. « L’égalité entre les hommes et les femmes, la lutte contre toutes les formes de discriminations, nous sommes aujourd’hui les seuls à le revendiquer avec force », renchérit Zita Gurmaï, présidente du PSE Femmes.
L’eurodéputée hongroise, connue pour sa vigueur et son acharnement à défendre une politique européenne plus féministe et plus juste se montre, à Madrid, plus décidée que jamais : « Nous créerons un mouvement avec le Manifeste, un mouvement de progrès pour transformer notre société et rendre l’Europe aux citoyens. Les militants socialistes européens doivent, s’ils ne l’ont pas encore déjà fait, s’emparer de ce texte, le faire connaître et s’en servir pour créer le dialogue. Ensemble, tous ensemble, nous bâtirons cette société basée sur la justice et la solidarité ».
Un espoir
Chacun à son tour, les représentants des partis montent à la tribune pour évoquer l’impact potentiel du Manifesto. Le message de campagne est très clair : « Les citoyens d’abord : une nouvelle direction pour l’Europe ». « Nous, les sociaux-démocrates, sommes plus nécessaires que jamais, a rappelé l’Espagnol, José Bianco. Il nous appartient de gagner ces élections pour bâtir une nouvelle Europe fondée sur nos valeurs ». C’est ensuite au tour de la nouvelle Première secrétaire du PS, Martine Aubry, d’intervenir. « « La droite suit le marché ; nous, nous suivons nos convictions ». Cette phrase tirée de notre programme résume toutes les propositions du Manifeste : la place redonnée à l’économie réelle par rapport à la finance et cette volonté d’être les leaders mondiaux dans la protection de notre planète et la lutte contre le réchauffement climatique, l’investissement sur le capital humain, la formation, la recherche.
Quand je vois les clauses sociales, le salaire minimum, la loi-cadre cadre pour les services publics, l’ensemble des positions, je me dis que le Manifeste va nous permettre d’avancer, a lancé la responsable socialiste. Soyons capables d’arrêter de parler de l’Europe comme un problème ou comme un succès personnel. L’Europe n’est pas seulement une crainte, l’Europe, c’est un espoir ». Pour conclure, Martine Aubry s’essaiera même courageusement à quelques mots en castillan : « Adelante, vamos a ganar » (« En avant, nous allons gagner », ndlr), salués par de chaleureux applaudissements.
« Yes we can »
Une victoire serait l’amorce du changement. Comme celle de Barack Obama aux États-Unis. Le slogan de campagne du président américain élu est d’ailleurs largement repris par les militants et par le président du PSE en personne. « Comme Obama l’a fait pendant sa campagne, nous devons réussir une mobilisation exceptionnelle, s’enthousiasme Sandrine, une militante du sud de la France. Le Manifesto est d’ailleurs notre meilleure arme pour convaincre. Les socialistes de toute l’Europe sont unis autour d’un texte qui assume fortement le clivage gauche/droite. Nous sommes plus lisibles que jamais, nous assumons notre ancrage dans une véritable politique sociale en plaçant l’individu au coeur de notre projet. Les citoyens européens doivent comprendre que l’Europe de demain ne peut pas se faire sans eux et que leur choix, en juin prochain, est crucial. Nous ne devons pas rater le coche. Nous devons transformer l’Union. Oui, nous le pouvons !»
Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero croit lui aussi en une nouvelle Europe, capable de « créer un autre monde ». Pour cela, « l’idée de progrès, abîmée par la droite, doit voir son retour en Europe », motivés affirme-t-il. Insistant sur l’importance de « l’unité », Zapatero défend la conception d’une Europe « tournée vers le sud ». « Nous devons et nous serons à la hauteur », résume-t-il avant de conclure : « La chose la plus importante pour gagner, c’est d’y croire et de vouloir vraiment changer les choses. Les citoyens le sentent, savent reconnaître l’authenticité. Il faut y mettre de l’envie, de la conviction et de la vitalité ! ». Rendez-vous en juin 2009.
Ariane Vincent