Presse sous pression

Qu’on la dévore, qu’on s’en méfie, qu’on en ricane, ou qu’on la délaisse pour d’autres médias, la presse écrite reste indispensable au libre débat démocratique et citoyen.

Aujourd’hui, elle traverse une crise sans précédent. Les maux de la presse française sont nombreux : coûts très élevés de l’impression et de la distribution, baisse des recettes publicitaires, désaffection du lectorat, concurrence d’Internet et de l’information gratuite, éclatement de la profession, esprit moutonnier des journalistes, nombre trop faible de journaux polémistes… Trouver une sortie de crise – et la survie économique de la presse est en jeu – c’est l’objet des États généraux de la presse, lancés le 2 octobre, pour quatre mois de réflexion. Une initiative de l’Élysée.

La tentative de « mise sous tutelle » des médias au nom d’intérêts étrangers à l’information par les pouvoirs économiques et politiques est une menace réelle pour l’indépendance de la presse. Nicolas Sarkozy ne disait-il pas, en 2007: «Réjouissezvous que des industriels investissent dans la presse plutôt qu’elle appartienne à des fonds de pension anglosaxons ! (…) Si je suis le seul risque pour l’indépendance de la presse, vous pouvez dormir tranquilles. »

Depuis, il n’a pas caché ses intentions de faire un beau cadeau à ses copains patrons de presse : balayer d’un coup de Kärcher la loi dite « anti-concentration », qui rend impossible pour un groupe de dépasser un seuil de 30% de la diffusion totale de la presse quotidienne. Et la règle dite des « deux sur trois », qui interdit à un même groupe de posséder à la fois une télévision de diffusion nationale, une radio de diffusion nationale et un quotidien de diffusion nationale, et ne lui autorise le contrôle que de deux de ces trois médias. De quoi, tout de même, rendre les journalistes insomniaques !

Des journalistes, qui parallèlement, subissent de plus en plus de pressions pour dévoiler leurs sources. Le classement 2008 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) classe la France à la 35ème place sur 173 pays (en 2002, elle occupait le 11ème rang). Depuis deux ans, l’hexagone détient le record européen du nombre d’interventions policières ou judiciaires liées au secret des sources.

Quand le 28 novembre, Vittorio De Filippis, de Libération, est interpellé violemment et soumis à des méthodes humiliantes dans une simple affaire de diffamation, la rédaction du quotidien, l’interprète « comme un triste avertissement, presque comme une mesure d’avertissement a priori. Comme pour mieux faire comprendre que la presse doit rester dans les clous au risque de se voir couper le robinet des aides d’État. » Et derrière la liberté de la presse, c’est la liberté d’opinion qui est en jeu. Rien de moins.

Ariane Gil