La guerre en République démocratique du Congo

La guerre a repris fin août dans la République démocratique du Congo (RDC).Un conflit qui couvait sous les cendres du génocide rwandais depuis plus de dix ans. À l’Est notamment, dans la province du Nord-Kivu, les rebelles soutenus par le Rwanda voisin, pillent les ressources minières et massacrent les populations. Face à ces tueries, le pouvoir central comme l’ONU se montrent totalement impuissants. L’éclairage de Philippe Hugon, directeur de recherche Afrique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Quelles sont les causes du conflit au Nord-Kivu?
Ce conflit remonte au génocide rwandais de 1994. À l’époque,des hutus du Rwanda sont venus se réfugier dans le Nord-Kivu. Aujourd’hui la rébellion, avec l’appui du Rwanda, a certainement la volonté de chasser ceux qu’on appelle les génocidaires hutus. Mais il s’agit surtout de contrôler les richesses minières de la région, notamment le coltan (minerai très prisé pour la fabrication de matériaux électroniques).

Son armée est grandement financée par les mines qu’elle exploite. Par ailleurs, le leader de la rébellion, l’ancien général Nkunda, un Congolais tutsi très lié au gouvernement de Paul Kagame au Rwanda, a l’ambition de contrôler le Kivu. Nkunda aimerait certainement aller jusqu’à Kinshasa et chasser Joseph Kabila du pouvoir. Il dispose d’une armée de 5000 hommes,très bien structurée, face à une armée congolaise de 25 000 hommes extrêmement désorganisée et corrompue par ses chefs. Le pouvoir central de RDC n’a jamais été capable de contrôler l’ensemble du territoire, notamment le Nord-Kivu.

Aujourd’hui, elle est en totale décomposition. C’est devenu un lieu de pillage et de gaspillages de ressources.

Les forces internationales sont sur place depuis huit ans avec la MONUC(1). Certains experts estiment que les Casques bleus se sont montrés incapables de protéger les populations.
C’est exact. Il y a 17 000 soldats de la paix en RDC, dont 6000 dans le Nord-Kivu. Mais les troupes sont extrêmement hétérogènes et ne sont pas nécessairement aptes à s’entendre. La MONUC est la mission demaintien de paix la plus importante du monde en termes d’effectifs, mais elle s’estmontrée très impuissante. Le nouveau secrétaire général adjoint des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, Alain Le Roy, a récemment renforcé les troupes présentes dans la région du Nord-Kivu. C’est un peu tardif. Et on ne sait pas si elles sont prêtes à intervenir efficacement. 6000 hommes organisés comme aujourd’hui ne peuvent pas faire grand chose contre les 5000hommes de Nkunda.

300 000 personnes ont été déplacées. On parle de 3 millions de morts. Comment expliquer un tel désastre ?
Il y a des exactions de la part des deux armées : viols, pillages, meurtres… Quant au maintien de la paix, l’impuissance des forces des Nations Unies était prévisible dès lors qu’on ne met pas les moyens suffisants et qu’il n’y a pas de volonté politique forte. Les Allemands se sont complètement désengagés. C’est en partie à cause d’eux que l’UE n’intervient pas. Les Américains ne devraient pas non plus se déplacer. L’enjeu électoral et l’ampleur des chantiers afghan et irakien d’Obama pour janvier ne le laissent pas croire. Sauf si la presse américaine s’empare de ce désastre humanitaire.

Certains parlent d’une guerre mondiale africaine…
La guerre en RDC n’est pas mondiale. La RDC, c’est un chaos anthropique où toutes les puissances voisines, le Rwanda, l’Angola ou l’Ouganda,sont présentes et participent du pillage du pays. Il existe effectivement le risque d’une guerre régionale. Mondiale non, dans la mesure où les puissances occidentales ou d’Asie ne sont présentes qu’indirectement.

Ne doit-on pas favoriser une meilleure protection de la frontière Est de la RDC?
Le problème est en effet frontalier. Mais les terres arables disponibles dans le Nord-Kivu permettent à 1,6 millions de Rwandais de vivre,alorsmême que le Rwanda connaît une surpopulation sur ses terres.Et il y a la volonté de capter des ressources minières très créatrices de richesses. La réalité est donc bien plus complexe. Le Rwanda,notamment,a tout intérêt à ce que le Nord-Kivu soit sous son contrôle. Et s’il n’y a pas d’intervention militaire, on ne voit pas pourquoi il reculerait. Une entrée de l’UE dans le règlement du conflit aurait pu changer les choses. Les Allemands et les Anglais ont refusé.

Il est inquiétant que l’Europe ne soit pas plus engagée, alors même que la RDC fait partie de sa sphère d’influence. À cette allure et sans solution rapide, le conflit pourrait atteindre les mêmes proportions qu’au Darfour !

Propos recueillis par Fanny Costes

(1) mission des Nations Unies en République démocratique du Congo.