Martine Aubry présente sa candidature au poste de Premier secrétaire.
Mes chers camarades, j’aimerais commencer par dire que tous ceux qui se sont exprimés depuis le début de ce congrès l’ont fait comme militants avec des valeurs communes, celle du socialisme, nous l’avons toujours dit, avec aujourd’hui des convictions de priorité, des convictions sur le parti, des convictions sur les alliances qui peuvent être différentes, mais je crois que chacun l’a fait avec au cœur l’idée qu’il était un militant du Parti socialiste.
J’aimerais que l’on retienne d’abord cela de ce congrès
Je le dis très simplement, nous ne sommes pas ici dans un congrès d’opposition de personnes, nous sommes peut-être, et c’est cela la grandeur de la politique, et c’est cela la grandeur de la défense des convictions que chacun a fait ici dans le respect de ce à quoi il croit, et je respecte chacun qui s’est exprimé ici, mais la grandeur de la politique, c’est d’aller jusqu’au bout pour défendre à un moment donné ce que l’on croit bien pour son parti, quand on croit que son parti est le seul à même de redonner un espoir à la France, et peut-être même de relancer cette Europe qui fait intrinsèquement partie du projet des socialistes.
Je dis cela car pour moi, j’ai entendu chaque camarade de cette manière-là. J’aimerais oublier les quelques mots qui viennent d’être dits citant tel ou tel. Je veux garder à l’esprit que j’ai entendu des militants du Parti socialiste défendre chacun ses convictions, ses engagements, et je les respecte, chacun, comme je respecterai toujours, que je sois demain dans une majorité ou une minorité, je serai dans un parti uni, pour défendre des valeurs qui depuis Jaurès, nous portent aujourd’hui ici.
Nous l’avons tous dit, les militants se sont exprimés le 6 novembre, et très majoritairement, ils nous ont dit, c’est en tout cas notre analyse, et chacun a le droit de faire la sienne. Cette analyse, nous la partageons avec les camarades de la motion A et de la motion C, et je me demande si nous ne la partageons pas aussi avec les camarades de la motion E.
L’analyse de ce que nous ont dit les militants, et ensuite, nous y apportons chacun les réponses que nous croyons utiles au Parti et à la France.
L’analyse de ce que nous ont dit les militants, et donc les Français, car les militants, je l’ai dit hier, eux, ont rarement oublié les valeurs qui étaient les nôtres. Ils sont au contact tous les jours avec les Français qui ne nous regardent pas et qui voudraient aujourd’hui pouvoir à nouveau se dire : l’espoir revient de la gauche et revient de ce grand parti qu’est le Parti socialiste.
Ils nous ont dit, nous voulons un parti ancré à gauche, un vrai parti qui refait de la politique, qui redonne une vision, un parti qui sait et qui dit : non, Monsieur Sarkozy, il n’y a pas de liberté sans égalité. Non, Monsieur Sarkozy, ce ne sont pas quelques règles financières qui changeront le système, il faut remettre l’économie réelle devant la finance, il faut une autre redistribution des revenus dans notre pays et dans le monde.
Nous disons aussi que seule la gauche, et seule la gauche, peut permettre effectivement de porter cette espérance et cet espoir. Et puis les militants nous ont dit : il faut rénover, il faut changer.
Je l’ai bien entendu, nous pouvons avoir des convictions différentes sur la rénovation, mais là aussi, comme tu l’as dit Vincent, faisons confiance aux militants. Ils choisiront et nous les respecteront en tout état de cause.
Je voudrais m’adresser à Ségolène et à la motion E, pour qu’à partir de ce soir, nous soyons dans notre rôle de militants, c’est-à-dire que nous défendions ce à quoi nous croyons.
Il y a une petite araignée là, je ne sais pas si c’est un signe de malheur…décidément, Adeline, franchement, le ménage aurait pu être fait cette nuit !
Je suis sérieuse, très sérieuse. Je souhaiterais vivement, et ce serait peut-être l’honneur de notre parti, que chacun défende à partir de maintenant ce à quoi il croit, ce à quoi il croit comme réponse à apporter à ce que nous ont dit les militants. Si nous parlons de cela, si nous parlons des idées, je crois que la France nous regardera déjà autrement.
En tout cas moi, c’est ce que je vais faire, et je pense que nous serons nombreux à faire cela. Nous avons discuté avec la motion E et avec Ségolène. Je lui en ai rendu acte hier. Nous avons hier soir avec les motions C et D, nous avons dit que nous pouvions accepter globalement l’offre qui nous était faite parce qu’il y avait au moins quatre questions qui nous posaient problème. La première, c’est la force de la question sociale mise au cœur de ce nouveau modèle que nous voulons créer face au libéralisme et à la crise financière telle qu’elle est aujourd’hui.
Au cœur de cela, le pouvoir d’achat et le SMIC qui reste le seul outil aujourd’hui direct qu’ont les pouvoirs publics pour pouvoir augmenter les salaires, ce que nous demandent non seulement les Français, mais ce qui est une condition pour relancer l’économie dans cette période de crise.
Nous avons dit aussi la force de l’Europe. La force de l’Europe ne nous est pas parue suffisante dans une volonté de réarmer cette puissance publique dont l’Europe fait partie.
Nous avons, et c’est un accord entre les motions A, C et D, et ce n’était pas évident vu nos histoires récentes, nous avons dit qu’il fallait réarmer l’Europe, qu’il fallait donner une directive générale sur les services publics, qu’il fallait un euro au service de la croissance et de l’emploi, qu’il ne fallait pas hésiter à ce qu’il y ait une politique de coordination économique et des fonds souverains, et même qu’il fallait nous battre. Nous battre pour un juste échange et non de ce libre-échange sans aucune règle qui apporte la loi du plus fort. Là-dessus nous l’avons dit, nous sommes en plein accord.
Et puis il y a cette question des alliances, mais rien ne serait pire que de réduire à cette question essentielle des désaccords sur la ligne que nous voulons soutenir. C’est bien autour de ces quatre questions que nous n’avons pas pu nous rassembler autour de la motion E.
J’ai dit hier qu’il me semblait qu’il y avait une base d’une ligne politique et d’un rassemblement entre les motions A, C et D. Nous avons construit le texte, il existe aujourd’hui. Ce texte est très clair, Bertrand en avait donné les principaux éléments dès hier matin, nous les avons rappelés : la volonté d’un parti à gauche avec la question sociale au cœur de tout, un parti profondément européen, un parti de militants. C’est vrai qu’aujourd’hui, la question se pose de la façon dont nous voulons faire avancer notre parti, un parti qui reste un parti politique, un parti de militants. Oui, c’est ce que nous souhaitons avec les motions A, C et D.
C’est pourquoi nous avions inscrit dans ce texte que nous avons tenté d’élaborer cet élément majeur. Bien sûr, ces alliances à gauche dont nous avons déjà parlé.
Je l’ai dit hier, je souhaitais pleinement le rassemblement autour de ce texte qui existe aujourd’hui, que nous n’avons pas signé, qui n’a pas donné lieu au rassemblement. J’aurais souhaité que nous puissions effectivement nous rassembler sur ce texte. Cela n’a pas été possible sur le dispositif humain. Moi, personnellement, je respecte chacun. Nous sommes un grand parti, la preuve, nous avons quatre grandes motions qui ont recueilli dans le fond, des scores assez proches chez les militants.
Il faut le dire ! Il faut que chacun soit capable de respecter les autres, y compris les deux autres motions qui ont fait le choix de rejoindre une des autres motions.
Nous avons quatre grandes motions, nous avons des militants qui se sont répartis entre ces quatre motions. On peut comprendre à un moment donné, que dans la crise qui est la nôtre, celle du libéralisme, dans la crise et la souffrance des Français, chacun ait voulu jusqu’au bout défendre absolument le texte qui était le sien et laisse de côté les nuances, celles qui auraient pu nous faire passer outre.
Comme Marylise l’a dit tout à l’heure, dans ce que nous avons tenté pour nous rassembler sur le dispositif humain, la motion E n’a mis aucun préalable. J’ai quant à moi soutenu des candidats des autres motions, mais il n’a pas été possible de nous mettre d’accord sur cela.
Je retiens l’essentiel. Je retiens ce qui a fait que, depuis maintenant deux mois, nous travaillons avec les militants, je retiens le message qu’ils nous ont apporté. Je retiens les quatre points clés de cette ligne politique que je défendrai pendant ces quelques jours.
Je voudrais le dire à Bertrand comme à Benoît, je défendrai avec la même énergie, la même passion ces quatre lignes force qui, certes, comportent des nuances mais nous réunissent, comme je l’aurais fait si le candidat commun, avait été un membre de la motion Cou de la motion A.
Je demande à chaque militant de comprendre que l’essentiel, c’est que le Parti socialiste redonne en effet cet espoir. La confusion aurait été de ne pas aller jusqu’au bout de ce que nous croyons. La confusion aurait été de baisser pavillon. Je le dis, je sais qu’il y a dans ce parti une majorité de camarades qui veulent cet ancrage à gauche, ce parti européen, ce parti qui reste le Parti socialiste, et ce parti qui reste en alliance avec la gauche.
Nous avons là collectivement, j’en parle avant jeudi, une obligation, et j’en prends l’engagement ici. C’est que notre parti soit uni après le vote des militants, c’est-à-dire que notre parti soit capable de respecter la majorité, de respecter la minorité, car nous n’avons pas le droit, beaucoup l’on dit, ce congrès est historique, Sarkozy va continuer, mes camarades, à casser, à casser, à casser.
Et nous, quelle que soit aujourd’hui la ligne politique que nous défendons, quelles que soient les nuances qui ne nous ont pas permis de nous réunir, nous devrons tous ensemble la semaine prochaine être dans les rues avec le mouvement social, nous devrons tous ensemble la semaine prochaine réunir nos élus pour qu’ils échangent sur ce qu’ils font, pour que la question sociale soit au cœur, pour que nous soyons à côté de ceux qui souffrent.
J’étais la semaine dernière, et c’est pourquoi j’ai finalement osé poser ma candidature, j’étais dans le Pas-de-Calais où un maire d’une ville près de Béthune, délégué CGT, venant d’être élu, m’a dit : Martine, le mouvement social, nous n’arrivons plus à le mettre en place, les gens n’en peuvent plus, les gens savent que Nicolas Sarkozy ne les écoutent pas, les gens que ce sont les banques et les privilégiés que l’on écoute et que, nous, plus personne ne nous écoute.
Il m’a dit : je suis délégué syndical depuis quarante ans, je n’arrive plus à mettre les salariés dans la rue, ils n’en peuvent plus, ils croient que ça ne sert plus à rien, ils ne peuvent plus se permettre de perdre une demi-journée de salaire.
Il m’a dit : vous n’avez pas le droit, vous êtes les seuls vous les socialistes à pouvoir nous redonner cet espoir, cette espérance, d’arrêter la politique du libéralisme.
Nous avons aussi cette obligation, mes chers camarades, celle de soutenir le mouvement ouvrier, celle de soutenir les syndicats, les associations qui aujourd’hui crèvent parce qu’on leur retire les moyens, de soutenir la culture avec la création, de soutenir les chercheurs qui prépareront l’avenir.
Nous sommes seuls au Parti socialiste à pouvoir le faire, avant de réunir la gauche. C’est cela que je défendrai devant les militants en votre nom, et si je peux me permettre, en votre nom à tous, les socialistes.
