Rationaliser n’est pas rationner
L’inégalité sociale et territoriale d’accès aux soins est la première des injustices.Elle porte sur l’essentiel :le droit à la santé.
L’accumulation des forfaits, des déremboursements, et plus récemment encore des franchises, aggrave cette injustice.Aujourd’hui,15%delapopulationrenonceàse soigner pour des raisons financières. Près d’un Français sur quatre hésite ou retarde lemoment de consulter. Le projet de loi « hôpital,patients,territoires,santé » ne répond pas au sujet. L’absence de concertation et de consultation sérieuse de l’ensemble des acteurs est choquante. Quant au contenu, il recèle beaucoup d’ambiguïtés. L’idée des communautés hospitalières n’est pas à rejeter d’un revers demain.Pour autant,les risques d’asphyxie des hôpitaux de proximité existent. Il y aurait alors aggravation de la désertification médicale, dans un contexte de grande inégalité et de suppression de savoir-faire.
Le projet de loi reste timide à propos des dépassements d’honoraires. Ceux-ci s’élèvent pourtant à plus de deux milliards d’euros par an. Ils contribuent directement à l’exclusion de dizaines de milliers de patients. Une logique d’encadrement très strict, dès maintenant, paraît indispensable.
Le projet entend mettre en place des Agences Régionales de Santé. L’échelon régional est pertinent. Toutefois, la méthode choisie conduit à un degré de complexité rarement égalé. Plus grave,elle organise la marginalisation des partenaires sociaux, des représentants des élus et des usagers.La démocratie sanitaire est abandonnée au profit de la technostructure et du secteur marchand. En fait, l’affichage de la rationalité masque de plus en plus mal la tentation du rationnement des soins. La santé à certes un coût ; mais elle correspond d’abord à un droit pour tous.Le respect de ce droit n’est pas conciliable avec la privatisation rampante de notre système de protection sociale.
Pascal Terrasse,
Secrétaire national à la Santé