Pas de plan de sauvetage pour notre système de santé
Après le budget de l’État, le parlement est saisi de la loi de financement de la sécurité sociale.Depuis 2002 les déficits cumulés de la sécurité sociale s’élèvent à 67 milliards d’euros alors que sous Lionel Jospin, les comptes étaient à l’équilibre.
Comme pour le budget de l’État, cette situation n’est pas liée à la crise financière, mais à l’impéritie des gouvernements de droite qui se sont succédé depuis 6 ans.
Là encore, la crise économique va accroître le mal. Ainsi la remontée du chômage entraînera une perte de recettes significatives (selon la commission des comptes de la sécurité sociale, un point de masse salariale en moins se traduit par une augmentation du déficit de 2 milliards). Ces chiffres ne doivent pas masquer les grands enjeux sanitaires qui se profilent. Les progrès enregistrés au cours du siècle précédent sont considérables. La conséquence immédiate a été l’augmentation sensible de l’espérance de vie. Mais derrière ces heureuses avancées se cachent de nouvelles inégalités : Entre l’ouvrier qui vit au milieu d’un désert médical et le cadre qui réside au centre d’une grande agglomération, l’écart se creuse. Deux France se dessinent, inégales, qu’il s’agisse d’accès aux soins, de mortalité, de conditions dans lesquelles se déroulent les dernières années de l’existence, de perméabilité aux nouvelles pathologies, de pénibilité notamment au travail…
Le gouvernement, loin des grands discours sur le nécessaire retour de la puissance publique, ne prend pas la mesure de la difficulté. À la situation de quasi-faillite de notre système de protection sociale, la droite n’oppose aucun plan de sauvetage. Plutôt que de soigner la maladie, elle donne le sentiment de vouloir laisser mourir le malade… Lorsque la droite cherche des solutions, elle pointe toujours du côté des cotisants et des patients.
Le ballon d’essai envoyé par le directeur de l’Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie(1) au début de l’été illustrait un certain état d’esprit. Il était proposé – rien de moins – un plan massif de déremboursement des médicaments et des soins pour les maladies de longue durée. Devant l’ampleur de la réaction, le gouvernement a rangé le projet dans ses tiroirs, mais il est revenu avec une taxe sur les mutuelles qui sera répercutée sur les cotisants. Voilà une « franchise bis » qui ne dit pas son nom.
Pour l’hôpital, la recherche de l’équilibre financier conduit le chef de l’État à proposer au personnel médical et paramédical une « politique d’intéressement » modulée en fonction de la « productivité des centres »(2) Son argument : « Je ne vois pas pourquoi une politique d’intéressement, à laquelle je crois tant dans le secteur privé, ne s’appliquerait pas dans le secteur hospitalier. »
En revanche, l’abandon du bouclier fiscal, la taxation des laboratoires pharmaceutiques ou des stock options comme le proposait la Cour des comptes ne sont pas envisagés. Il arrive fréquemment que les mots de Nicolas Sarkozy changent. Pas sa politique.
Thomas Colognac
1. Ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy lorsqu’il était ministre de la Santé. 2. Discours prononcé à Bletterans le 18 septembre dernier.