Les économistes et le PS au chevet de la crise
À crise exceptionnelle, séminaire exceptionnel. Devant la gravité de la situation, François Hollande a demandé la tenue d’un séminaire consacré à cette question. Mercredi 8 octobre, plusieurs économistes ont confronté les propositions socialistes à la rigueur de leurs analyses : Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d’analyse économique, Jean-Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), et Jacques Sapir, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Pour ouvrir ce débat, Michel Sapin, secrétaire national du PS à l’économie, a appelé à l’émergence de propositions socialistes crédibles quand tout le monde reconnaît la nécessité d’une réhabilitation de la régulation.
Le retour de la régulation
Rappelant rapidement les causes de la crise – une hyper consommation à crédit, un déséquilibre de la balance commerciale des États-Unis,et une logique financière folle qui ontmené à une crise des liquidités –, Élie Cohen formule les réponses à apporter.La priorité est que l’argent circule à nouveau dans le circuit financier. Deuxième urgence, contraindre les banques à un devoir de vérité en les obligeant à constater leurs pertes et à se recapitaliser pour se renforcer. Enfin,les économiesmodernes devront veiller au « dégonflement du surendettement des ménages »,pourtant présenté, il y a quelquesmois encore,par Sarkozy comme un moteur de l’économie.
À quelle échelle agir ?
Pour Elie Cohen, l’Union européenne doit profiter de l’occasion pour prendre une nouvelle dimension. Point essentiel du débat économique européen, la question du respect du pacte de stabilité imposant aux pays membres demaintenir leur déficit public sous la barre des 3 % de PIB a été logiquement abordée. « La France aura du mal à convaincre ses partenaires de la nécessité de passer outre cette règle », prévoyait Élie Cohen quand Jean-Paul Fitoussi observait, lui, qu’au vu du niveau des dépenses engagées par les différents États européens, la question du pacte « était de facto mise entre parenthèses ».
La fin du modèle américain
Avec la fin du modèle américain qu’il prévoit à moyen terme, Jacques Sapir croit davantage à l’émergence de nouvelles alliances avec de nouveaux acteurs, comme l’Inde, la Chine ou la Russie. La situation américaine a de quoi inquiéter. Vu l’insolvabilité croissante de sesménages, la consommation risque encore de chuter et d’entraîner des fermetures d’entreprises. Avec des conséquences sur l’économie réelle : fermetures, chômage et paupérisation accrue.
François Hollande souhaite que la France se prémunisse contre ces risques. Une forte politique de soutien du pouvoir d’achat est donc inévitable tout comme des mesures facilitant l’accès au crédit pour les entreprises.Le président de la République et son gouvernement ont le devoir d’agir pour assurer la sauvegarde de l’économie.
Damien Ranger