Rendre au travail sa valeur
La crise bouleverse tous nos repères. À tel point que, sur la route de Toulon, la droite viendrait de se convertir à la régulation. Le président de la République serait devenu l’avocat d’un « capitalisme régulé ».
« L’idée de la toute puissance du marché est une idée folle » a-t-il même déclaré. Dans la foulée, le secrétaire général de l’UMP a annoncé le lancement d’un cycle d’ateliers sur la « refondation du capitalisme ». Diantre ! Nicolas Sarkozy, jamais en retard d’une provocation, n’en avait plus assez de consulter le dictionnaire des citations de Jaurès et Blum, voilà qu’il annonce qu’il va les doubler sur leur gauche ! Si seulement… L’outrance pourrait prêter à sourire si elle n’était en douloureuse contradiction avec l’oeuvre gouvernementale.
L’année 2007-2008 a été l’année d’une mise en pièce régulière du code du travail. La dérégulation ne se limite en effet pas au système financier.Pour s’en tenir au sujet du jour, la pression des marchés a aussi produit de puissants effets sur l’organisation et donc sur les conditions de travail. Nous vivons encore sur le mythe d’une amélioration continue des situations de travail. Ce mouvement observable pendant la majeure partie du XXe siècle s’est interrompu. La parution du livre de Marie- France Hirigoyen sur le « harcèlement moral » à la fin des années 90 a participé de la prise de conscience de l’émergence de nouvelles souffrances au travail.
Plus généralement, l’intensification du travail et de ses rythmes, l’exigence croissante de réactivité, l’augmentation des objectifs de productivité, ont modifié le rapport au travail de très nombreux Français. L’apparition d’horaires atypiques, éclatés, imprévisibles, la multiplication du travail précaire, des temps partiels ont eu à la fois des conséquences directes sur la santé des travailleurs, et indirectes sur la vie des entourages marqués par la déstructuration des temps familiaux. Les métiers pénibles n’ont pas disparu, mais sont souvent devenus moins visibles. Dans le BTP, la grande distribution, la collecte des déchets, l’agro-alimentaire, pour ne prendre que ces exemples, les difficultés ne se sont pas effacées avec les progrès techniques, mais se sont parfois cumulées. À la difficulté physique s’ajoute une charge mentale nouvelle. Le symptôme de ce changement se traduit par des statistiques alarmantes : les accidents du travail, les troubles musculo-squelettiques sont en augmentation très sensible (entre 15 et 20% par an). Ce sont ces nouvelles urgences sociales qu’il faut traiter. La cause n’est pas si simple à plaider. Le retour du chômage, la fuite du pouvoir d’achat, poussent les salariés à accepter la dégradation de leur condition. Avant les vacances ce sont les salariés de LeroyMerlin qui sont venus au pied de l’Assemblée demander l’ouverture de leur magasin le dimanche. La difficulté des temps a pour premier effet de limiter la conflictualité sociale.
C’est pourtant un champ de réflexion et de proposition que nous ne devons pas délaisser. Nous avons un devoir d’inventivité en la matière pour – plutôt que réhabiliter la « valeur travail » – rendre au travail toute sa valeur.
Thomas Colognac