L’échec de l’Europe
La panique s’est bel et bien installée en Europe. Mais selon Pervenche Berès, présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, la tenue d’unmini sommet à 4 et la réunion des ministres de l’économie et des finances de l’UE n’ont abouti à aucune proposition concrète pour faire face à la crise.
Que pensez-vous de la réponse européenne à la crise financière ?
Elle est très décevante puisqu’elle n’aboutit à aucune coordination à l’échelle européenne. C’était pourtant la raison d’être des différentes réunions entre Européens. Et juste derrière, on voit chaque État membre se précipiter pour sauver son propre système. Personne n’a répondu à la question qui se posait : comment relancer la machine économique au sein de l’UE ? Nous savions très bien que l’Europe ne serait pas épargnée. Quand la crise a commencé à l’été 2007 aux États-Unis, le Royaume-Uni a été immédiatement affecté à travers Northern Rock et la Banque d’Angleterre qui avait d’abord refusé d’injecter des liquidités. Les inquiétudes face à la crise étaient réelles. C’est à ce moment que les Européens auraient dû commencer à se concerter.
Pourtant Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à déclarer que « l’unité de l’Europe » face à la crise était « aujourd’hui réalisée » …
La réaction irlandaise a prouvé le contraire.En adoptant une loi mettant enoeuvre une garantie gouvernementale illimitée à ses principales banques, l’Irlande a pris la décision de faire cavalier seul pour répondre à la crise. Ensuite chaque État membre y est allé de sa propre solution. Dans cette course du chacun pour soi, l’Europe risque d’être perdante. Dès juillet, les services de la Commission européenne étaient venus m’avertir que les banques européennes seraient touchées. Le commissaire européen en charge du marché intérieur, Charlie McCreevy, aurait dû alerter les Étatsmembres sur la nécessité d’une concertation et être à l’initiative de la décision prise récemment par les ministres de l’Economie et des finances de porter à 50000 euros les garanties de dépôt.
Que proposent les socialistes européens?
L’instauration d’une législation sur les fonds alternatifs, plus de régulation ou des restrictions sur la rémunération des dirigeants. Aujourd’hui, notre système est devenu déviant. Nous devons nous accorder sur un modèle de supervision qui nous permette d’agir sur la situation des banques,maillon essentiel de financement de l’économie. Plutôt que de comparer l’Europe aux États-Unis, on ferait mieux de s’équiper de moyens nous permettant de réagir de manière concertée, en matière de stabilité des marchés financiers et de soutien à l’activité économique. Cela passe notamment par une stratégie d’investissement concerté dans les secteurs d’avenir, comme la recherche sur les nouvelles énergies.
Propos recueillis par Fanny Costes