Un risque de désintégration au Pakistan
Revendiqué par les « Fedayin de l’islam», l’attentat contre l’hôtel Mariott d’Islamabad qui a fait 60morts, le 20 septembre, relance le débat sur la stratégie militaire des États-Unis dans la région. En bombardant les zones tribales du Pakistan, ils radicalisent les populations. Le pays est aujourd’hui en proie à de dangereuses divisions selon KarimPakzad, coordinateur du Secrétariat International du PS qui s’y est récemment rendu.
Peut-on expliquer l’attentat du 20 septembre ?
Le Pakistan subit le contrecoup de la guerre en Afghanistan. Les talibans afghans appartiennent à l’ethnie pachtoune qui compose 40% de la population afghane, soit 15 millions d’habitants environ. 25 à 30 millions de pachtounes vivent de l’autre côté, au Pakistan. Dans une situation de conflit, ils se soutiennent. Et depuis que le généralMusharraf a,sous la pression américaine, engagé une guerre totale contre le terrorisme, les extrémistes islamistes pakistanais se radicalisent tout comme les talibans au Pakistan.
Depuis le début de l’année, les attentats ont tué plus de 1 300 personnes. Évoquant celui du 20 septembre, The News, un journal pakistanais, a parlé de «notre 11 septembre» et demandé au nouveau Président Asif Ali Zardari de réagir dans les intérêts du pays et non dans celui des États-Unis.
La stratégie militaire américaine nuit-elle au Pakistan?
L’extension de la guerre pourrait diviser l’ensemble de la région. La ligne frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan est déjà fictive. Les Pachtounes, divisés par la création du Pakistan, en 1947, rêvent d’être réunis. On pourrait assister au début d’une désintégration du Pakistan. Car plus au sud, la grande province du Baloutchistan est elle aussi traversée par des aspirations
autonomes. Ce pays de 160 millions d’habitants, puissance nucléaire de surcroît, serait en proie à des divisions de toutes parts. En Afghanistan, d’autres groupes pourraient être tentés de trouver des soutiens en Iran ou en Russie. C’est extrêmement dangereux.
Que peut faire Zardari ? Beaucoup disent qu’il est l’homme des États-Unis…
Sa coalition a tenté de changer la politique pakistanaise dans les zones tribales frontalières
de l’Afghanistan. Elle a demandé au parti allié pachtoune de négocier avec ces zones. Leur objectif était de diminuer les attentats et d’isoler les militants liés à Al-Qaeda. Mais cette stratégie a été violemment dénoncée par Kaboul et Washington. Cet accord n’a donc tenu que quelques semaines. La conception de Georges Bush est de privilégier les actions militaires contre le terrorisme, et non des actions à long terme de développement, de dialogue, ou de renseignement. Le fait de s’appuyer sur les chefs de tribus n’aurait peut-être pas abouti à la paix, mais encore aurait-il fallu laisser une chance à cette stratégie. Aujourd’hui, le Pakistan dépend trop des États-Unis pour sa survie, et ne peut pas mener une politique indépendante.
Propos recueillis par Fanny Costes