Peur sur la planète finance

La crise financière actuelle est la plus grave depuis 50 ans et même depuis un siècle.
Tel est le constat alarmiste mais fondé d’Alan Greenspan, ancien président de la réserve fédérale américaine. Les derniers rebondissements lui donnent malheureusement raison : mise en faillite de Lehman Brothers, la quatrième banque d’investissement américaine, et quasi-faillite d’AIG, la première compagnie d’assurance, nationalisée par l’État américain. Pas sûr que l’astronomique plan de sauvetage de 700 milliards de dollars du gouvernement américain suffise à redresser la situation. La crise est là pour durer.

Des événements qui s’enchaînent comme dans un jeu de dominos. Pour aboutir à l’effondrementde tous les maillons de la chaîne. À l’origine du choc qui secoue aujourd’hui les places financières, la crise des subprimes qui a éclaté il y a un an. Les subprimes, ce sont ces crédits accordés par les banques aux ménages américains pauvres qui cherchent à se loger. Une véritable trappe à endettement. Car derrière la promesse de devenir propriétaire se cache un système pervers avec des taux variables qui peuvent augmenter au bout d’un ou deux ans. Ainsi, à partir de 2006, les mensualités explosent et les ménages se retrouvent incapables de rembourser leur crédit. Les établissements de crédit qui leur ont octroyé les prêts s’effondrent. Et très vite, la crise contamine le reste du système financier, par le biais de la titrisation, une opération complexe qui
consiste à transformer les crédits émis en produits financiers – titres – vendus ensuite sur les marchés financiers. Les banques d’investissement se ruent sur ces produits plus rentables que les bons du Trésor et se couvrent auprès de compagnies d’assurance spécialisées. Dès lors que le
marché de ces titres s’effondre, c’est tout le système qui s’enraye : les organismes hypothécaires mais aussi les banques et organismes financiers ayant acheté ces titres, y compris en France (Société Générale, Natixis, Crédit agricole) : compte tenu de l’ampleur des pertes potentielles, les banques se méfient les unes des autres et ne se prêtent plus entre elles. Conséquence, une crise de liquidités et un risque de déstabilisation du système financier international.
Un engrenage qui montre les limites de la dérégulation et de la libéralisation des marchés financiers.

Spéculation et flambée des prix

D’autant que la crise ne reste pas cantonnée aux places boursières. Elle se propage à l’économie réelle. Afin de restaurer leurs fonds propres et de retrouver des liquidités, les banques accordent moins de prêts et à des taux plus élevés.
Ainsi, malgré la baisse des taux directeurs de la Fed, le coût du crédit aux ménages américains augmente.
L’économie réelle est également affectée par la pratique spéculative des fonds d’investissement
qui réorientent leurs placements vers de nouvelles valeurs refuges, comme les matières premières et les produits agricoles. Les prix flambent et leur volatilité augmente (à l’image du
pétrole), fragilisant ainsi le système productif.
Autre facteur de contagion : la crise de confiance. Les ménages et les entreprises tendent à reporter leurs décisions d’investissement tant que règne un contexte de défiance généralisée, avec la crainte d’assister à un effondrement en chaîne des établissements
de crédit.
Dans ces conditions, les prévisions ne peuvent qu’être sombres. Pour le FMI, toute l’économie
mondiale va ralentir d’un demi-point à deux points, y compris en Chine et en Europe. Il n’y a aucune raison pour que la France soit épargnée. Pourtant le gouvernement refait le coup du nuage de Tchernobyl qui s’arrêtait aux frontières de l’hexagone. La ministre de l’Économie se contente de répéter en boucle que la France est moins exposée que les autres pays.

Déni de réalité

Il est temps d’en finir avec ce déni de réalité. Cette crise aura forcément des conséquences graves sur l’économie réelle française via, notamment, le resserrement du crédit,l’un des principaux moteurs de la croissance en France. De même, au niveau budgétaire, le gouvernement
ne peut se contenter de repousser la date de présentation en conseil des ministres et doit faire face aux difficultés de bouclage du budget dans un contexte économique dépressif. Le paquet fiscal et les réformes menées ont fait s’effondrer la confiance. Les derniers chiffres de l’Insee sur le moral des ménages et des entreprises sont édifiants sur ce point. Et ce ne sont pas les affrontements au sein de la majorité sur le budget 2009 qui redresseront la confiance
en l’économie. Pourtant, la résistance à la crise internationale ne proviendra que du retour de la
confiance et d’une croissance suffisante du pouvoir d’achat.
Or, avec l’inefficace loi TEPA, le gouvernement s’est privé de marges de manoeuvre importantes
à ce niveau. Il faut donc annuler le paquet fiscal et en redéployer les crédits afin de réduire la TVA sur les produits de première nécessité, de relancer les investissements d’infrastructure, la recherche et le développement, et relancer les négociations salariales.
À plus long terme, c’est d’une nouvelle régulation financière, au moins au niveau européen, dont l’économie réelle a besoin pour continuer de croître et de créer des emplois. À la présidence de
l’UE, la France n’a pourtant rien proposé en ce sens.

Garance Gordes