La gauche progresse au Sénat malgré une loi électorale « inique »
Les socialistes réalisent un meilleur résultat qu’en 2004. Ils s’implantent dans dix départements où ils n’avaient aucun représentant, parfois depuis des dizaines d’années.
Ils progressent dans l’Ain (2 sièges), l’Aisne (1), les Alpes-Maritimes (1), l’Ardèche (1) l’Aveyron (2), les Bouches-du-Rhône (1), la Charente (2), la Corrèze (2), la Côte d’Or (2), la Dordogne(1), le Doubs (2), la Drôme (1) la Gironde (1), l’Ille-et-Vilaine (3), les Français de l’étranger (1).Au total, les socialistes et leurs alliés progressent de 23 sièges.
De même, et grâce à la stratégie de rassemblement de la gauche et au désistement républicain, les communistes gagnent un siège et les radicaux de gauche progressent.
À l’instar de la représentation des femmes au Sénat, essentiellement à gauche,comme en 2004.
Sur 75 sénatrices (21,9 %),39 sont de gauche et 36 seulement de droite.
La progression de la parité aurait pu être plus importante encore si le mode de scrutin proportionnel avait été applicable dès trois sièges.
Enfin, le groupe socialiste compte désormais trois sénatrices issues de la diversité ainsi que l’une des benjamines du Sénat, Samia Ghali.
Les élections sénatoriales du 21 septembre ont permis le renouvellement d’un tiers des sièges du Sénat. Sur les 114 sièges à pourvoir, la gauche en gagne 23 supplémentaires et réalise ainsi une réelle progression au sein de la Chambre haute. Président du groupe socialiste au Sénat, Jean-Pierre Bel, commente ces résultats et s’insurge contre une loi électorale que la réforme
constitutionnelle n’a pas modifiée en profondeur, et qui profite encore et toujours aux conservateurs.
Comment accueillez-vous ces résultats électoraux ?
Il est évident que ces résultats sont heureux pour les socialistes mais aussi pour la gauche qui a su se rassembler pour progresser. Nous réussissons à gagner 23 sièges, ce qui est considérable, là où tous les commentateurs tablaient sur un gain maximal de 15 sièges.
Les socialistes s’implantent dans 10 départements. La progression de la gauche au Sénat est, de plus, un gain pour la représentativité puisque 11 femmes ont été élues lors de cette élection partielle.
Le Sénat compte donc 18 sénatrices, mais seulement 5 à l’UMP !
Des résultats encourageants donc, bien que nous continuions à clamer l’anormalité de la situation : une majorité de droite remplacera toujours une majorité de droite (situation inchangée durant toute la Vè République) et la question est maintenant de savoir qui va devenir président du Sénat, plutôt que de savoir quelle est la nouvelle répartition de la chambre.
La récente réforme constitutionnelle apporte quand même quelques modifications…
C’est largement insuffisant. Cette réforme ne permet pas à l’opposition de se faire entendre.
La loi électorale du Sénat reste une loi inique. Il faut revoir l’ensemble du mode de scrutin, y compris la question du renouvellement. En 2011, la chambre sera renouvelée à moitié, mais ce n’est pas une avancée suffisante. Les socialistes demandent que le Sénat soit renouvelé dans son
ensemble.
Comment analysez-vous la poussée de la gauche ?
Les élus locaux, les grands électeurs de ces élections indirectes, ont marqué leur défiance à l’égard d’un gouvernement qui laisse les collectivités locales dans le désarroi, notamment financier. Ils ont également exprimé le besoin de solidarité territoriale. Grâce à cette élection, nos partenaires se maintiennent. La gauche va pouvoir mieux résister à la droite, et être une opposition constructive, face aux différents textes majeurs présentés au Parlement en cette rentrée.
Propos recueillis par Ariane Vincent
Le dossier de la rentrée
Premier texte que les nouveaux sénateurs auront à examiner dès le 14 octobre, le projet de loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre les exclusions (MoLLE) fait déjà la quasi-unanimité contre lui.Après la libéralisation du Livret A, le gouvernement s’apprête à démonter consciencieusement les derniers outils de régulation du marché du logement qui existent en France : le réseau des organismes HLM et le 1% logement.Alors que plus de 3,5 millions de personnes sont mal logées en 2008, le gouvernement propose une taxe sur les organismes HLM, la vente des logements sociaux, la mort lente du 1% logement, la réduction des délais d’expulsion, la baisse des plafonds de ressources d’accès au logement social ou encore un plan de rénovation des quartiers anciens sans financement.
Enfin, il supprime l’article 55 de la loi SRU !Malgré la publication du rapport Pinte, qui se range aux analyses de la proposition de loi socialiste déposée au printemps, Christine Boutin rouvre donc un débat qui avait conduit l’Abbé Pierre à se déplacer à l’Assemblée pour préserver une disposition symbolique : l’obligation pour les maires des communes de plus de 3 500 habitants de construire au moins 20% de logements locatifs sociaux. Toutes les associations de défense des mal logés, les associations d’insertion et les associations caritatives ont dénoncé le projet pendant l’été. Elles avouent aujourd’hui leur dépit et dénoncent un « dialogue de sourds ».
Les parlementaires socialistes n’ont pas oublié, eux, qu’en 2005, les députés de droite avaient trahi l’Abbé Pierre lors d’une séance de nuit et que c’est à Daniel Raoul et Thierry Repentin, deux sénateurs qui s’exprimaient au nom du groupe socialiste, que l’on doit la préservation de l’article 55 de la loi SRU.
Carole Nicolas