Société : progression des inégalités, régression des libertés

Décomplexée, la droite actuellement au pouvoir n’hésite pas à imposer sa vision conservatrice de la société.Une approche idéologique qui privilégie l’individualisme au détriment de la solidarité ; le tout sécuritaire au mépris de certaines libertés ; le communautarisme contre la laïcité.

Déprime généralisée

Noir c’est noir. Les Français n’ont plus beaucoup d’espoir. Les chiffres de l’Insee sont formels : le moral des ménages est à son plus bas niveau depuis 20 ans. Celui-ci chutait encore de 4 points au mois de juin. Rien de très étonnant étant donné la morosité ambiante. Bien sûr, la hausse généralisée des prix, ceux de l’énergie et du pétrole en particulier, explique cette sinistrose. Mais ce gros coup de déprime n’est pas que conjoncturel. Lucides, les Français ont bien conscience que ce ne sont pas les mesures catastrophiques du gouvernement qui les sortiront de ce marasme. Pour preuve, d’après l’enquête de l’Insee, la dégradation la plus forte concerne l’opinion des ménages sur les perspectives d’évolution du niveau de vie en France, qui perd carrément 7 points. Leur moral chancelle aussi s’agissant de l’avenir de leur situation financière. Signe de cette inquiétude, le taux d’épargne des Français bat des records : 16 % au premier trimestre 2008. Mais la nouvelle taxe sur l’épargne pour financer le RSA devrait leur plomber encore un peu plus le moral.

La santé maltraitée

Choisir entre se soigner ou faire son plein au supermarché ? Ce n’est pas de la fiction mais bien le dilemme que vivent déjà certaines familles. Avec l’instauration des franchises, ces taxes sur les médicaments, être malade coûte de plus en plus cher et certains parmi les plus modestes ne peuvent plus se payer ce « luxe ». Diafoirus de la politique, le gouvernement se livre à une vraie saignée en matière de santé. Sous couvert de responsabiliser les patients, il les asphyxie. Aux franchises s’ajoutent les déremboursements massifs ainsi que la taxation des mutuelles censées renflouer les caisses de la Sécu. Un plan injuste puisqu’il aboutit mécaniquement à une augmentation des cotisations. Se dessine ainsi un système à deux vitesses avec d’un côté, ceux qui peuvent se payer de bonnes mutuelles et les cliniques privées et de l’autre, ceux qui souffrent en attendant d’être admis à l’hôpital.

Overdose d’hyperprésidence

Impossible d’y échapper, Nicolas Sarkozy est partout. Monarque bling bling des temps modernes, son pouvoir personnel a atteint un paroxysme institutionnel sans précédent. Le Premier ministre est relégué au simple rang de « collaborateur », les ministres apparaissent comme des figurants et la voix des parlementaires est trop souvent méprisée. Nicolas Sarkozy a inauguré l’ère de hyperprésidence entérinée par la révision de la Constitution. Si encore la proposition des socialistes visant à prendre en compte le temps de parole du chef de l’État avait été retenue, la situation serait un peu plus équilibrée. En attendant, Nicolas Sarkozy, avec la complicité de ses amis patrons de presse ou de chaînes de télé, peut continuer à squatter les médias sans limites. Et même à les contrôler grâce à la loi qui lui permet désormais de nommer les futurs dirigeants de l’audiovisuel public déjà menacé de paupérisation par la suppression programmée de la publicité. Une grave atteinte à la Fance du pluralisme.

Crise de foi

Nicolas Sarkozy est assurément le premier chef de l’État aussi soucieux de reconnaître une place à la religion dans la société, faisant ainsi le jeu des communautarismes. Cette conviction exprimée notamment à Rome et à Riyad, en Arabie Saoudite, a déclenché un tollé chez les défenseurs de la laïcité. Pour preuve, cette phrase sortie du fameux discours de Latran : « Dans la transmission des valeurs et l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé. » Jean Glavany, secrétaire national chargé de la laïcité revient sur ce discours. « Voilà les “hussards de la Répu – blique”, les héros de Victor Hugo, Jules Ferry, Ferdinand Buisson, relégués au rang subalterne dans cette nouvelle hiérarchie où la séparation des Églises et de l’État est reléguée aux oubliettes. Le Président agit en violation de la Cons titution et du principe de laïcité. Quand Nicolas Sarkozy parle de « laïcité positive », nous nous méfions. La laïcité, comme la République, n’a pas besoin d’adjectif. »

Des libertés piétinées

Pour paraphraser Rama Yade, on pourrait dire que « la France n’est pas un paillasson » sur lequel la droite peut s’essuyer les pieds de ses atteintes aux droits de l’homme. « Dans la société que les diverses politiques de Sarkozy visent à construire, les droits de l’homme sont sacrifiés sur l’autel de l’ordre et de la sécurité », analyse Adeline Hazan, secrétaire nationale chargée des droits de l’homme. « La création d’Edvige en est l’exemple le plus parfait, poursuit la maire de Reims. Pour renforcer le contrôle social de tous les citoyens susceptibles d’être taxés de « déviants », ce nouveau fichier autorise de graves limitations du droit au respect de sa vie privée, des atteintes sensibles aux droits des enfants, des discriminations cachées. La politique d’immigration de Brice Hortefeux confirme cette dévalorisation des droits de l’homme. Selon le Ministre, l’objectif de la “maîtrise des flux” autoriserait les pouvoirs publics à traiter des personnes comme des objets. C’est bien l’État de droit qui est ainsi remis en cause. »

Main basse sur l’école publique

« Je suis pour une privatisation totale de l’Éducation na tionale », confiait en 2004 Emmanuelle Mignon, conseillère spéciale de Nicolas Sarkozy. Des propos explicites. Le gouvernement avance plus masqué. Mu par une vision purement idéologique, il se livre à une casse brutale de l’école publique. D’abord en réduisant drastiquement ses moyens : « Cette année, ce seront plus de 11 000 postes d’enseignants qui seront supprimés, rappelle Claude Roiron, secrétaire nationale chargée de l’Éducation. Près de 15 000 sont annoncés pour chacune des années suivantes jusqu’en 2012. Ceci portera à plus de 100 000 le nombre de postes d’enseignants supprimés depuis 2002. » Mais les attaques portent aussi sur le fond et sur l’enseignement lui-même. Dernier exemple en date, la révision des programmes du primaire sans concertation et la modification des rythmes scolaires au mépris de l’intérêt des élèves. Claude Roiron poursuit : « On s’achemine vers une école à deux vitesses où les enfants de familles aisées bénéficieront des meilleurs établissements et du soutien privé et les autres seront cantonnés dans des ghettos cumulant toutes les difficultés. »

Retard écologique

Il y a eu les belles promesses de campagne. Aujourd’hui, il y a la réalité. Beaucoup moins rose. Et nettement moins verte. Annoncé en grande pompe, le Grenelle de l’environnement devait re mettre l’écologie au coeur de l’action politique. Mais la montagne médiatique a accouché d’une souris. De ces consultations n’a finalement émergé qu’une mesure concrète : le bo – nus/malus sur les voitures. Pire, le gouvernement a même fait adopter une loi sur les OGM qui va à l’encontre des bonnes résolutions du Grenelle. Ce texte donne « la liberté de consommer et de produire avec ou sans OGM ». Avec une telle législation, la France n’est pas prête de rattraper son retard en matière d’agriculture bio. Avec seulement 2 % de sa surface agricole dévolue au bio, notre pays est à la traîne derrière l’Italie, l’Espagne, l’Al le – magne et le Royaume-Uni. En revanche, nous détenons le triste record d’utilisation de pesticides en Europe. C’est bien d’inviter Al Gore mais ça ne fait pas une politique écologique.