Social : casse à tous les étages
C’est le grand bond en arrière. Progressivement mais sûrement, le gouvernement est en train de revenir sur un grand nombre d’acquis sociaux : retraites, durée du temps de travail, dialogue avec les syndicats… Inefficace, cette politique reste sans effet sur l’économie ; destructrice, elle contribue à creuser les inégalités.
Cotiser plus pour gagner moins
La loi Fillon de 2003 est un échec patent. Pourtant, le gouvernement poursuit sur cette lancée. Et remet en cause les 40 annuités, sans aucune évaluation sérieuse du déficit constaté dès 2004 et qui atteint aujourd’hui 5 milliards d’euros. Pour la députée socialiste d’Indre-et- Loire, Marisol Tou raine, le droit à la retraite est donc menacé : « La réforme engagée par le gouvernement n’est pas une réforme juste. Cette majorité de mande de cotiser plus longtemps sans garantir le niveau des pensions. Il ne fait, de plus, aucun effort pour les petites retraites – 30 euros de revalorisation du minimum vieillesse – et ne garantit pas aux plus de 55 ans qu’ils pourront effectivement travailler. Or, allonger la durée de cotisation sans politique volontariste en direction des seniors, c’est courir à l’échec. Nous proposons au contraire un rehaussement immédiat des petites pensions, et surtout, la prise en compte de la pénibilité du travail dans le calcul des droits à la retraite ainsi qu’une politique volontariste des âges qui permette d’accompagner les salariés pour augmenter progressivement le taux de travail des seniors. »
Code du travail : attention, démolition
Si, sur la forme, avec la mise au pas de la démocratie sociale, la droite rompt avec toute tentative de dialogue, sur le fond, elle entreprend, au fil des mois, une destruction totale du code du travail. Atteinte la plus visible : la déréglementation de la durée hebdomadaire du travail. Le gouvernement prétend préserver la durée légale à 35 heures mais dans le même temps, il autorise les heures supplémentaires jusqu’à la durée maximale européenne, c’est-à-dire 48 heures hebdomadaires. Toute l’organisation du temps de travail et la rémunération des heures supplémentaires seront désormais soumises à la seule décision patronale. Premières victimes de cette prime donnée à l’accord d’entreprise : les cadres et les personnels au forfait jour. Mais c’est l’ensemble du salariat qui travaillera davantage pour ne pas gagner plus
Des inégalités qui se creusent
Secrétaire national du PS à l’égalité, Faouzi Lamdaoui constate la hausse constante des disparités sociales entre les Français. Que ce soit à l’école, dans l’accès à l’emploi ou en matière de logement, la liste des inégalités ne cesse de s’allonger. « Seule la volonté et l’énergie politiques permettront de redonner tout son sens à l’égalité républicaine, explique Faouzi Lamdaoui. En matière d’éducation, nous savons bien que les inégalités sont criantes : 9 % de nos concitoyens sont illettrés. Les deux tiers des enfants d’ouvriers sont en retard après le collège, contre moins de 10 % des enfants de cadres supérieurs. En matière de logement, de transports, de pouvoir d’achat, nous savons là aussi que le fossé s’accroît. Il faut tout de même rappeler que plus de 6,9 millions de personnes en France vivent avec moins de 788 euros par mois. Les ménages doivent affronter la vie chère. Face à cette explosion des inégalités, le gouvernement n’a su que poursuivre sa politique de casse sociale. »
Des syndicats snobés
« Quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit. » Cette phrase prononcée, début juillet, par Nicolas Sarkozy devant les cadres du parti majoritaire a remporté un franc succès devant cette élite de la « droite décomplexée ». Si le Président nargue ainsi les syndicats, c’est qu’il a « réussi » à faire passer la libéralisation du droit du travail. Une illustration très révélatrice du dialogue social selon Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Alors qu’un accord sur la représentativité syndicale avait été conclu entre l’État, la CGT, la CFDT et le patronat, le gouvernement a trahi sans scrupule sa signature pour ajouter au projet des dispositions remettant en cause les 35 heures. Une manoeuvre que même le Medef a dénoncée ! En cette rentrée, le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque déplore ce « déficit » de dialogue social. Une des raisons de « notre manque de compétitivité économique », selon lui, alors qu’aujourd’hui, en France, une entreprise sur trois serait touchée par un conflit avec ses salariés.
Baisse en trompel’oeil du chômage
Champion de l’autosatisfaction, le gouvernement se gargarise de la baisse du chômage. Mais il feint d’ignorer que cette diminution n’induit pas une hausse mécanique de l’emploi. Ainsi, l’emploi des seniors reste problématique : le taux d’emploi des plus de 50 ans reste désespérément stable depuis un an, à environ 55,5 %. D’ailleurs, la baisse en tendance, sur plusieurs trimestres, du chômage a moins pour moteurdes créationsd’emplois, que les nombreux départs à la retraite des « papy-boomers ». Au 2e trimestre 2008,le taux de chômage calculé par le Bureau international du travail (BIT) pour la France (incluant les Dom) s’établit à 7,6 % de la population active, soit plus de 2 millions de personnes. Mais ces chiffres ne doivent pas masquer la réalité : le ralentissement de l’activité économique s’est traduit par une destruction nette de 12 200 emplois au 2e trimestre 2008. Et les 15-24 ans sont les premiers à faire les frais de la politique attentiste du gouvernement : le taux de chômage des jeunes est passé de 18,1 % au 1er trimestre 2008 à 19,2 % au 2e trimestre.
Générations précaires
Jeunes, actifs, retraités, personne n’échappe à la précarité. Une précarité rampante que la droite entretient sournoisement, comme le rappelle Aurélie Filippetti, députée de Moselle.« Le gouvernement est incapable de relancer une nouvelle dynamique économique et c’est une vraie catastrophe pour les personnes qui recherchent un emploi. » Une catastrophe, aussi, pour les travailleurs pauvres.En France,1,3 million d’actifs disposent de revenus inférieurs au seuil de pauvreté (645 euros parmois). Et le RSA n’est certainement pas la solutionmiracle annoncée.« Ce sera un encouragement au temps partiel, prévient Aurélie « Le RSA sera un encouragement au temps partiel » Aurélie Filippetti, députée de Moselle. Filippetti. Car ce dispositif est surtout intéressant pour ceux qui travaillent à mi-temps ou à 1/3 temps. De la même manière, la réforme sur les heures supplémentaires est une façon de ne pas aborder la question des salaires de base. Sous couvert de plus de souplesse, les salariés vont être contraints d’accumuler les petits boulots pour s’en sortir. Avec cet émiettement du travail, la pension des futurs retraités sera réduite à une peau de chagrin. »