Grenelle de l’insertion : le grand flop !
Promis de longue date, le Grenelle de l’insertion se résume pour l’heure par la faiblesse desmoyens et lemanque d’ambition. Ce que confirme Jean Le Garrec, responsable national en charge de la protection sociale.
Lionel Jospin en avait fait son cheval de bataille à la faveur d’une loi saluée en son temps par toutes les associations. Le texte présenté le 29 juillet 1998 par le Premier ministre faisait de l’insertion et de la lutte contre les exclusions un impératif fondé sur le respect de l’égale dignité de tous et une priorité de l’ensemble des politiques publiques du pays. L’objectif : garantir l’accès effectif de tous aux droits fondamentaux dans les domaines de l’emploi, du logement, de la protection de la santé, de la justice,de l’éducation,de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de l’enfance.
Recul
Un projet ambitieux à mille lieues de ce que propose le gouvernement aujourd’hui avec son Grenelle de l’insertion dont la feuille de route a été conçue le 27 mai dernier autour de 31 propositions dans le but de donner plus de visibilité et de souplesse aux acteurs de l’insertion et d’intégrer dans les politiques publiques les personnes les plus fragiles.«Ce qui frappe le plus, ce sont à la fois la faiblesse des moyens et le manque d’ambition, résume Jean Le Garrec, député du Nord et vice-président de l’Assemblée nationale. Le discours de François Fillon contredit l’évolution de la réalité sociale qui se traduit, depuis six ans,par un recul sensible des droits, pour les salariés, les retraités et les chômeurs. Sans parler de l’atteinte, sans précédent,au Code du travail, et de l’affaiblissement historique du pouvoir d’achat. » Le pays vient de franchir le cap des 7 millions de personnes passées sous le seuil de pauvreté. Dans lemême temps, les allocataires du RMI, de l’Allocation spécifique de solidarité (ASS) et du Minimum vieillesse pourraient bien perdre cette année jusqu’à trois points de pouvoir d’achat, face à l’explosion des prix des produits de première nécessité.
Incertitudes
Dans ces conditions,le Grenelle de l’insertion se solde par une mise en place pour le moins laborieuse et chaotique du RSA. Au terme de plusieurs mois d’atermoiements, le président de la République prévoit d’en généraliser le principe courant 2009. «Cette annonce intervient sans la moindre évaluation préalable des expérimentations menées et dans un contexte d’explosion du nombre de travailleurs pauvres et précaires», regrette l’élu socialiste. Sans compter qu’aucune garantie pérenne n’a été donnée aux départements, pourtant au coeur du projet. « Le gel de la prime pour l’emploi (PPE) en 2009 n’est pas admissible au moment où les salariés les plus modestes subissent les effets de la hausse des prix », renchérit Jean Le Garrec. Lequel est convaincu que la sollicitation des revenus de placement et de patrimoine n’est justifiable qu’à une double condition : l’exonération des épargnants les plus modestes et la remise en cause du bouclier fiscal qui permettra aux plus aisés d’échapper à cette nouvelle contribution. «On ne peut enfin que déplorer la faiblesse du taux de cumul entre les revenus d’activité et de solidarité – un peu plus de 60%–, au regard des exigences mêmes posées initialement par le Haut Commissaire », conclut l’intéressé.
Bruno Tranchant