Y a-t-il une vie après le pétrole ?
Les prix de l’or noir flambent. À terme, cette d’énergie va se raréfier, entraînant d’inévitables mutations dans tous les domaines : transports, urbanisme, industrie… Comment anticiper cette évolution inéluctable ? À quoi pourrait ressembler la vie dans l’ère de « l’après-pétrole » ? Regard vers le futur.
Le prix du pétrole a franchi les 140 $ en juin. Le monde consomme depuis 10 ans plus de pétrole qu’il n’en découvre chaque année. Les stocks exploitables se réduisent donc. Il devrait en résulter plusieurs mutations de nos sociétés. Les activités très consommatrices de pétrole (transports routiers, aériens, pétrochimie, sidérurgie, agriculture intensive) pâtissent déjà de la hausse du baril, plus que les services.
Transporteurs routiers, pêcheurs, agriculture intensive qui ne peuvent répercuter ces hausses de coûts sur leurs prix souffrent et demandent à l’État une aide fiscale. Mais à terme, une TIPP flottante serait sans effet en cas de pénurie pétrolière. Des changements structurels vont donc s’imposer. Le ferroutage devrait être préféré au transport routier, exigeant un investissement dans le réseau ferré. L’urbanisme évoluerait aussi. L’usage individuel de l’automobile serait délaissé au profit des transports en commun, ce que la densification de l’espace faciliterait. Les commerces de proximité, comme les supérettes, connaîtraient un nouvel essor, au détriment des grandes surfaces excentrées.
La réduction des coûts énergétiques prendrait aussi le pas sur celle des coûts salariaux, la « ligne » budgétaire pétrole étant la plus importante. Ceci pourrait stimuler l’agriculture biologique et renforcer le contenu en emploi de la croissance des activités où davantage de travail permettrait de consommer moins d’énergie, comme le BTP. Il faudra alors veiller aux conditions de ce « retour » des fonctions « manuelles » : conditions de travail et ergonomie seront plus que jamais au coeur des problématiques du travail.
Énergies de substitution et efficacité énergétique
La recherche dans les énergies de substitution et dans l’efficacité énergétique sera une priorité : moteur à hydrogène, voiture consommant moins, énergie solaire active (chauffe-eau) et passive (orientation, circulation de l’air) dans les bâtiments, carburants de substitution. Les ménages prennent, en revanche, déjà de plein fouet la hausse du prix du fioul et des carburants. Si l’on ne veut pas que la note de ces transformations et de la hausse des tarifs pétroliers soit payée par les plus démunis, dont les logements sont par exemple les moins bien isolés ou qui sont les plus éloignés de leurs lieux de travail, il faudra sans doute recentrer la redistribution sur ceux qui en ont besoin, notamment en matière de transport et de logement.
Ces efforts de mutation de nos structures productives et d’équipement des ménages pourraient aussi poser la question des prélèvements. Sur qui porteront les efforts ? Dans cette situation, quel effort notre société sera-t-elle prête à fournir ? À quelle forme de redistribution consentira-t-elle ? À quelle solidarité estelle prête pour qu’aucun ne soit pénalisé par une telle mutation ? Il nous appartient d’imaginer les bonnes politiques d’incitations, de redistribution et d’accélération des évolutions en matière d’urbanisme, de transports collectifs, d’infrastructures, de transports (ferroutage) ou de recherche.
Franz Stoïesky