Pétrole cher : que faire?
Je vous parle d’un temps que les moins de dix ans ne peuvent pas connaître… En 1998, le baril s’achetait en dessous de 10dollars. Depuis il s’échange autour de 140 $. Le prix du litre de super flirte avec les 1,50 €.
L’énergie est devenue, après le logement, l’un des premiers budgets de consommation des ménages. Dans les familles où deux voitures sont mobilisées, le budget déplacement équivaut parfois à celui de l’habitat.
Les cours faibles des années précédentes n’ont pas incité les pays producteurs et les compagnies pétrolières à assurer les investissements nécessaires pour faire face à l’augmentation de la demande provenant notamment des pays émergents (Chine et Inde). Les pays producteurs instruits par des évolutions sensibles des cours renâclent aujourd’hui à réaliser les efforts technologiques pour répondre aux besoins de consommation par l’accroissement des extractions. Ils préfèrent financer avec l’argent de l’or noir les investissements nécessaires à leur propre développement (éducation, infrastructures, santé…).
La hausse du pétrole est donc durable. Une situation inquiétante, mais qui recèle aussi ses opportunités. Les énergies alternatives deviennent rentables et offrent de nouveaux horizons. Mais en attendant leur généralisation, comment accepter la multiplication des perdants ? L’État doit retrouver sa capacité à anticiper et accompagner cette évolution en amortissant le coût desmatières premières. Les propositions concrètes existent :
– Obliger chaque entreprise à mettre en place un chèque transport financé en partie par les superprofits des compagnies pétrolières. Il n’est pas admissible que leurs bénéfices exceptionnels servent au rachat d’actions pour augmenter leur valeur boursière. Ces prélèvements exceptionnels doivent aussi financer des politiques d’avenir pour les transports (accélération des réseaux de ferroutage, modernisation des transports publics…). L’État ne peut se dégager de ses responsabilités sur les régions, sans combler les retards accumulés qui mettent en péril le réseau de transport et rendent indispensable le recours aux véhicules individuels.
– La relance des économies d’énergie (dans le domaine de l’habitat notamment) doit être encouragée. C’est dans ce domaine que la négociation doit porter avec nos partenaires européens. Cette mesure aurait plus de sens qu’une baisse de la TVA sur les carburants, proposée par Sarkozy. Car elle sera forcément rattrapée par la hausse du prix du brut qui intègrera cette baisse de la fiscalité. Enfin, pour préparer le long terme il devient impératif d’impulser une organisation de l’approvisionnement, de la distribution mais aussi de l’investissement dans les énergies renouvelables. Compte tenu de la dimension du défi, l’échelle européenne s’impose. La présidence de l’Union ferait bien de s’inspirer de la proposition de Jacques Delors, de création d’une «CECA(1) de l’énergie». Ce sont des utopies concrètes de ce type qui peuvent relancer l’idée européenne aux yeux de concitoyens désabusés pour lesquels l’impuissance politique conduit à la résignation citoyenne.
Thomas Colognac