Travailleurs sans-papiers : en finir avec l’hypocrisie

Les travailleurs sans-papiers sont toujours en grève et Brice Hortefeux continue de faire la sourde oreille. Rien qu’en Ile-de-France, dans plus de 40 établissements, majoritairement des restaurants, les salariés sans-papiersmanifestent contre une situation parfaitement « injuste ». Retour sur une illustration de l’hypocrisie d’un gouvernement obnubilé par les chiffres de reconduites à la frontière.

Peu de patrons pouvaient encore faire croire qu’ils n’avaient pas connaissance de l’emploi massif de travailleurs sans-papiers, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration.

Désormais, plus personne ne peut feindre d’ignorer cette réalité. Alain Vidalies, député et secrétaire national du PS aux entreprises s’avoue « assez surpris que les autorités publiques ne constatent qu’aujourd’hui l’ampleur du phénomène, assurant que les effectifs des inspections du travail sont insuffisants, ou plus probablement que l’administration est utilisée à d’autres tâches ».

Pourtant, le ministre de l’immigration, Brice Hortefeux, veut minimiser le « phénomène ». La situation, il est vrai, gêne le gouvernement. Et pour cause : en matière d’immigration, cette majorité a toutmisé sur une politique du chiffre des reconduites à la frontière. Il lui est donc compliqué d’avouer la nécessité de régulariser des sanspapiers salariés.

Une situation ancienne

Secrétaire nationale du PS aux droits de l’homme, Adeline Hazan insiste sur le fait que « de nombreux étrangers sans-papiers travaillent en France et sont indispensables aux secteurs économiques où ils sont actifs. Des instances tout à fait officielles, comme l’OCDE, expliquent depuis plusieurs années que la France, en raison de sa démographie, devra faire appel à de la main d’oeuvre étrangère ».

Travailleurs sans ou avec faux papiers certes, et notamment ces « cuistots » comme les appellent leurs employeurs, sont souvent salariés depuis 5 ou 10 ans. Aussi, lorsque le gouvernement adopte cette attitude sournoise consistant à souligner la nouveauté de ce genre de régularisation, les organisations syndicales montent au créneau. Francine Blanche, déléguée nationale de la CGT rappelle que ces salariés sont souvent des employés de longue date et que cette situation était déjà largement commentée avant la médiatisation du 15 avril dernier, premier jour de grève.

« Le gouvernement entretient un vrai flou administratif sur les conditions de régularisation, explique Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits Devants !. Sa stratégie est simple : diluer, faire traîner et laisser pourrir la situation. »

Arbitraire préfectoral

Les préfectures demandent chacune des pièces différentes pour constituer les dossiers de régularisation. Un casse-tête pour les associations d’aide aux sans-papiers qui essaient d’attirer l’attention sur les dérives du système. Ainsi, la préfecture des Hauts-de-Seine posait des questions sans aucun rapport avec l’emploi : « Avez-vous de la famille dans votre pays d’origine ? », « Êtes-vous marié ?», « Avez-vous des enfants ? »…. Un interrogatoire peu légal que les associations ont réussi à réduire aux simples critères pertinents. Le ministre de l’immigration a pourtant assuré avoir fixé des règles claires, mais Francine Blanche avoue avoir « du mal à comprendre qu’un gouvernement ne soit pas capable d’imposer la loi aux préfectures ».

Pour la responsable syndicale, la peur des travailleurs pourvus de faux papiers ou tout simplement sans papiers est lourde de conséquences pour l’ensemble des salariés d’une même enseigne : « Il est totalement inacceptable de poursuivre une situation où certains salariés ne peuvent revendiquer leurs droits. » Alain Vidalies renchérit : « Il n’y a aucun compromis à faire avec ce genre de situation. » Le député insiste sur le fait que les socialistes ne peuvent accepter l’existence de travailleurs qui ne bénéficient pas de la totalité des moyens de contrôle, des possibilités de faire respecter leurs droits en tant que salariés. Le contrat de travail est d’ailleurs, pour Adeline Hazan, un élément essentiel des critères de régularisation. Pas sûr que le gouvernement partage cette vision.

Ariane Vincent