Services publics en sursis

RGPP : l’acronyme claque, autoritaire, comme un coup de talon porté au service public.Tout comme la méthode du gouvernement : par à-coups, en force, sans discuter. Totalement contre-productif !

Décréter la réforme est incompatible avec l’esprit même de la réforme. Il n’y a pas de grand soir RGPP. Réformer l’État est un processus long, qui doit être adossé à la confiance des agents, dans la continuité, en s’assurant que chacun s’approprie les tenants et aboutissants du processus.

Mais cette transformation de l’État se fait sous la menace budgétaire, signifiant que la priorité est à l’économie, plutôt qu’à l’amélioration de la qualité du service public. Le gouvernement n’a qu’un mode d’emploi : empêtré dans ses erreurs d’orientations budgétaires, il engage une course contre l’emploi pour rééquilibrer ses comptes. Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en est le symbole. Car une réforme pilotée par Bercy est toujours budgétaire : suppression de 23 000 postes cette année et 36 000 l’année prochaine, sans oublier les 54 000 suppressions d’emplois dans l’armée que préconise le Livre blanc de la défense. Sans dialogue social, comment espérer l’adhésion à ces réformes des agents concernés ? Les suppressions massives de postes n’entraîneront pas de revalorisation des salaires. Elles n’amélioreront pas leurs conditions de travail et leurs carrières. Elles ne leur ouvriront pas de nouvelles trajectoires professionnelles.

Et cette cure d’austérité va bien au-delà de la compression du périmètre de la Fonction publique. L‘État a une mission : le traitement égalitaire, la solidarité, l‘action collective. Mais cette RGPP est appliquée à tout et n’importe comment, dans le domaine social, à l’école, dans les transports publics, sans discernement. Elle inflige des dégâts économiques et humains dans les villes et départements à qui le gouvernement retire un maillage public crucial pour leur dynamisme, sans rien leur proposer en retour.

Les mouvements de grève signalent l’exaspération face à la surdité du gouvernement et sa démarche autoritaire. La réforme devrait être un moment de progrès. L‘obsession budgétaire, assénée sans autre explication, est anxiogène. Et le terme RGPP est devenu un repoussoir.

Franz Stoïesky