Quand Sarkozy quadrille la Défense

Le président de la République a présenté le nouveau Livre blanc de la défense, le 17 juin.Un texte élaboré en commission par la seule volonté du chef de l’État au détriment d’une réflexion collective. Résultat : une copie opaque, où le ralliement à l’Otan a pris le pas sur l’élaboration d’une défense européenne.

« Le dernier Livre blanc sur la défense date de 1994. L’analyse du monde et de ses menaces était donc obsolète. Il était nécessaire de rouvrir une réflexion sur le sujet « , explique François Lamy, député socialiste, qui faisait partie de la commission sur la nouvelle mouture.

Car au départ, les socialistes étaient favorables à une évolution dans l’organisation de la défense française. Ils y voyaient l’opportunité de réfléchir à la constitution d’une véritable défense européenne. « Si on pense que la France peut réagir uniquement avec ses propres moyens, on se trompe, ajoute François Lamy. On sait très bien qu’il faut mutualiser un certain nombre de dépenses d’équipement au niveau européen. »

Pourtant au sein de la commission défense, les socialistes présents ont vite pris conscience que le jeu était faussé. Mise en place en août 2007, cette commission devait être un exercice ouvert pour réfléchir sur le monde et ses nouvelles menaces, et apporter les réponses françaises en matière de défense. «Cette instance devait permettre le débat entre les différentes forces politiques du pays,et s’est transformée en un exercice complètement encadré et contraint, déplore François Lamy. Le Livre blanc est devenu l’habillage des décisions du Président. » Au rang de celles-ci, la réintégration dans l’Otan,dont l’annonce n’est pas encore officielle. Une opacité qui nuit complètement à la démocratie, pourtant nécessaire en matière de défense.

Un livre inquiétant

Au-delà, certains aspects du Livre blanc sont inquiétants. Ce document développe notamment le concept de sécurité nationale. « Il vise en fait à concentrer auprès du Président un certain nombre d’instruments directs de la sécurité extérieure mais aussi sur la sécurité intérieure, comme le coordinateur du renseignement. Lorsqu’on connaît la vision du monde manichéenne de Sarkozy, avec la volonté très claire de se ranger dans un camp occidental dont les valeurs seraientmenacées par l’islamisme radical, on peut craindre une intrusion de l’armée dans des évènements nationaux,comme les émeutes des banlieues en 2005», s’inquiète encore François Lamy.

De plus, le texte ne prend pas en compte tous les éléments pour répondre aux nouveaux enjeux mondiaux. Selon les socialistes, « face à un monde incertain, les réponses militaires ne sont pas les seules à apporter. La réponse diplomatique existe d’abord et avant tout ».

Fanny Costes