Pierre Moscovici : «réconcilier l’Europe et les Européens ».
Alors que les Irlandais ont rejeté le Traité de Lisbonne, Pierre Moscovici, secrétaire national du PS en charge des questions internationales, analyse ce vote et propose des pistes pour réussir à réconcilier l’Europe et les Européens.
L’Irlande a voté à plus de 57% contre la ratification du Traité de Lisbonne. Comment réagir face à un tel résultat ?
Nous devons tout d’abord respecter ce résultat, et ne pas stigmatiser un peuple qui prend une position qui n’est pas celle que nous aurions souhaité. Ce vote est paradoxal puisque l’Irlande est la plus belle « sucess story » de l’Union européenne. C’est un pays qui a énormément bénéficié des fonds structurels, qui a transformé son économie. Ce petit pays craint de voir son rôle diminuer dans l’UE, notamment du fait des nouvelles règles de vote. Et puis, comme souvent, se sont additionnés des fantasmes, des refus de la politique intérieure… Résultat, ce « non » net que nous sentions venir depuis longtemps, et dont il faut prendre acte, même s’il n’est pas un « non » social, mais plutôt un vote conservateur, hotsile à l’harmonisation fiscale, à l’avortement, favorable à la libre entreprise. Ne contestons pas ce résultat et ne demandons pas à ce que les Irlandais revote demain matin, cela n’aurait pas de sens.
Quelles sont les conséquences immédiates de ce « refus irlandais »?
C’est un coup, un choc pour l’Europe. Non pas parce que le traité de Lisbonne est un traité parfait, mais parcequ’ue réforme des institutions est nécessaire. Tout cela a une traduction simple : nous allons continuer avec les institutions actuelles, qui ne sont pas bonnes, et avec les politiques actuelles, insuffisantes. Pour l’instant, l’Europe se réduit à un très grand marché avec un espace de sécurité, de liberté et de justice, avec un faible champ d’action dans les domaines sociaux. Cela ne peut pas satisfaire les socialistes.
Comment peut-on aujourd’hui relancer le processus européen et quel va être le rôle de la présidence française en la matière ?
Pour relancer le processus, il faudra du temps. Plusieurs solutions s’offrent aujourd’hui : un nouveau vote des Irlandais, l’idée d’un noyau dur fédéraliste, ou encore une nouvelles discussion institutionnelle. Mais celle qui semble la plus fertile est de marquer une vraie phase de réflexion, et s’interroger sur la façon de réconcilier l’Europe et les Européens. Nous avons besoin de redécouvrir une Europe des résultats, et de retrouver de la part des dirigeants des pays de l’UE un enthousiasme européen. C’est cela que doit porter la présidence française de l’Union. Les responsables politiques doivent se rendre compte qu’en faisant grise mine, on ne convaincra jamais que l’Europe est un beau projet ; cela vaut pour les socialistes. Nous devons avoir « envie d’avoir envie ».
Propos recueillis par Ariane Vincent