Attention, démolition !

Depuis un an, Nicolas Sarkozy redéfinit, projet après projet, son nouveau code du travail. « Libérer le travail », c’était son slogan. Dans les faits, cette libération s’apparente à une dérégulation sans précédent. Une à une les protections des salariés sont abrogées.

L’addition fait froid dans le dos. Rien n’est encore apparent, mais les projets de loi s’accumulent sur le bureau du Parlement. Avant la fin juillet, le gouvernement envisage de faire légiférer sur la limitation du droit de grève dans l’éducation, la définition des offres valables d’emploi (pour la mise en œuvre de la sanction des chômeurs refusant deux propositions), la banalisation du travail dominical et enfin la énième remise en cause des règles régissant la durée du travail.

Sur ce dernier sujet, la droite a révélé sa conception du dialogue social. Alors qu’un accord avait été conclu par l’État, la CGT, la CFDT et le patronat sur la représentativité syndicale, le gouvernement a préféré trahir sa signature pour ajouter au projet déposé des dispositions remettant en cause les 35 heures. Même le MEDEF dénonce aujourd’hui un passage en force qui menace la démocratie sociale et crée un climat de défiance.

Depuis les annonces se succèdent dans la plus totale confusion. Le secrétaire général de l’UMP appelle à la fin de la durée légale pour être aussitôt contredit par son secrétaire général adjoint – ministre du travail. L’entourage du chef de l’Etat laisse ensuite filtrer l’intention de renvoyer aux négociations d’entreprises le tarif des heures supplémentaires, mais devant l’ampleur de la réaction, l’exécutif opère une manœuvre de repli.
C’est dans ce maquis que s’opère la disparition de protections acquises de haute lutte. Le gouvernement joue sur les mots. Il entend préserver la durée légale à 35 heures, mais il autorise les heures supplémentaires jusqu’à la durée maximale européenne, c’est-à-dire 48 heures hebdomadaires. Il prétend que les heures effectuées seront majorées de 25 % mais ce qu’il tait, c’est l’ouverture aux non-cadres des forfaits jours et heures qui ont pour effet de neutraliser le paiement des majorations. Il affiche le maintien de règles nationales, mais ouvre au niveau des entreprises le champ de la négociation sur le temps de travail. C’est l’ordre public social qui est raboté et le dumping social entre entreprises concurrentes qui est organisé.

Ces remises en cause auront lieu pendant la session extraordinaire du Parlement, c’est-à-dire au moment où les Français auront la tête aux vacances plus qu’aux mobilisations sociales. C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire de soutenir les mouvements du mois de juin qui ont pour premier mérite d’alerter l’opinion sur l’ampleur de la casse qui s’annonce.

Thomas Colognac