La justice sociale va de pair avec l’efficacité économique

Les tentatives de démantèlement du droit du travail par l’actuellemajorité bafouent le dialogue social et se révèlent inefficaces économiquement. Pour Michel Sapin, secrétaire national du PS à l’économie et à la fiscalité, le droit du travail doit au contraire permettre une plus grande agilité aux entreprises tout en renforçant la sécurité individuelle des salariés.

Les récentes déclarations de la majorité laissent croire à un démantèlement complet du droit du travail. Où se situe le PS sur ce débat ?

Au coeur de ce débat se trouve l’agilité nouvelle dont ont besoin les entreprises. Nous avions d’ailleurs déjà soulevé cette question dans nos programmes pour les dernières élections législatives et présidentielle : comment peut-on donner une certaine marge de manoeuvre aux entreprises pour leur permettre de s’adapter aux mouvements du monde toujours plus rapides ? Nous ne remettons pas en cause cette agilité. Mais il faut dans le même temps renforcer la sécurité individuelle des salariés. C’est ce qui distingue notre conception de celle de lamajorité.

Le libéralisme économique est-il la seule possibilité pour être compétitif sur le marché ?

Il ne faut pas moins de réglementations, moins de protections, moins de « carcans » comme les appellent les chantres du capitalisme. La réglementation est nécessaire et utile aux entreprises. Par exemple, celle sur les droits individuels à la formation permet non seulement au salarié d’accroître son savoir mais également aux entreprises d’avoir un personnel plus compétent,plus efficace.On parle ici de la réglementation dans le bon sens du terme, celle qui donne des droits aux salariés tout en donnant aux entreprises les possibilités de mieux s’adapter aux mouvements de la société.

Les entreprises n’ont donc pas intérêt à réclamer une suppression pure et simple du code du travail…

Bien sûr que non.Beaucoup de chefs d’entreprises, lorsqu’ils sont responsables, ne souhaitent pas ça. Ils savent très bien que si l’on court tête baissée vers le paradis imaginaire d’une partie du patronat,on se dirige vers un grave désordre social. Ceux qui rêvent d’un droit du travail qui ne serait qu’un rapport individuel entre un patron et un salarié vont au devant des ennuis. C’est contradictoire avec l’efficacité économique. Une réglementation trop rigide n’est pas bonne mais le désordre social est bien pire économiquement parlant. La justice sociale va donc de pair avec l’efficacité économique.

Le débat entre gauche et droite ne se borne donc pas à rajouter des textes législatifs d’un côté et à en supprimer de l’autre ?

Non bien entendu. La droite tente de caricaturer le débat en faisant croire qu’elle libère le monde du travail en supprimant des acquis sociaux, mais ça ne tient pas debout. C’est la méthode qui est importante. Sur ce point, nous avions d’ailleurs à progresser en nous appuyant davantage sur les partenaires sociaux. Le dialogue avec eux est primordial et il faut encore l’améliorer en prenant en compte la représentativité des syndicats et l’accordmajoritaire. C’est ça la modernité ! Ce triptyque dialogue – représentativité – accordmajoritaire doit être la clé de voûte d’une évolution du droit du travail.

Quelles doivent êtes les contre-propositions des socialistes fasse au modèle que propose la majorité ?

Le postulat de toute réforme dumonde du travail doit passer par une amélioration du dialogue social prenant en compte la représentativité et l’accord majoritaire. Après, je pense qu’il faut qu’on s’attèle à supprimer les rigidités qui empêchent les entreprises de s’adapter à la société.

Par exemple ?

La question du temps de travail doit être analysée, particulièrement sur la modulation des heures supplémentaires. Il faut être plus souple que nous avons pu l’être. L’utilisation des heures supplémentaires ne veut pas dire la même chose selon les branches de métiers. Trop de rigidité peut amener à des situations difficiles. Néanmoins, il ne faut pas non plus aller jusqu’à ce que peut proposer la droite.Tout est dans lamesure.

Mais la gauche porte-t-elle encore de grandes avancées sociales ? Le PS évoquait le temps de travail à 32 heures il y a quelques années encore…

Bien sûr, mais pour reprendre ce cas précis, je pense que le progrès ne se traduirait pas dans la diminution du temps de travail pour tous mais plutôt dans l’adaptation à la pénibilité de la tâche. Deux métiers ne sont jamais identiques, ils ne doivent pas donner les mêmes droits. Dans certains domaines,32 heures de travail hebdomadaires c’est beaucoup, alors que dans d’autres c’est trop peu. La pénibilité doit aussi être largement prise en compte dans le calcul des retraites. C’est un facteur déterminant qui est insuffisamment considéré dans le monde du travail d’aujourd’hui.

Est-ce qu’un gouvernement de gauche qui serait aux responsabilités en 2012 pourrait revenir en arrière sur les atteintes qu’on constate aujourd’hui ?

C’est l’éternelle question… Notre programme pour les prochaines échéances électorales ne peut se limiter à l’abrogation de ce qui a été fait auparavant. Il faut surtout que nous proposions des solutions alternatives. Mais nous serons confrontés au problème de l’état des finances publiques qui nous laissera des marges de manoeuvre très resserrées pour agir.

Propos recueillis par Damien Ranger