Le gouvernement instaure la concurrence universitaire
Le gouvernement, pour la mise en œuvre du plan Campus, a sélectionné dix sites universitaires en France. L’objectif : les rénover et leur donner une visibilité internationale. Mais que deviennent les autres universités ? Où sont passées les promesses d’améliorer les conditions de vie étudiante ? Le plan Campus cache, pour beaucoup, un engagement a minima de l’Etat, insuffisant pour assurer l’avenir d’une université accessible à tous.
46 projets déposés. Et au final dix sites universitaires sélectionnés. Le plan Campus lancé par le gouvernement a engagé une sorte de concours entre les universités, pour savoir lesquelles bénéficieraient d’un soutien financier pour rénover leurs bâtiments et développer leur attractivité. Six font déjà partie de la liste des vainqueurs : les projets de Bordeaux, Grenoble, Lyon, Montpellier, Strasbourg et Toulouse ont été choisis, et représentent 19 universités et 17 écoles. Les quatre autres devraient être connus fin juin. Les dix heureux gagnants auront ensuite à se partager une enveloppe de 5 milliards d’euros pour devenir des pôles d’excellence français au rayonnement international.
A première vue, l’objectif est louable. Les dix sites sélectionnés pourront offrir à leurs étudiants de meilleures conditions d’enseignement et de vie. Et devraient développer un recherche trop souvent dépourvue de moyens. Mais le caractère positif du plan Campus s’arrête au chiffre dix. Les autres universités françaises n’auront qu’à se serrer la ceinture.
« On a l’impression que le plan Campus avait plus pour objectif de restructurer la carte d’implantation des universités, en mettant le paquet sur des pôles régionaux, plutôt que de répondre à l’urgence immobilière des universités. Elle est réelle puisque 30% des bâtiments universitaires sont dégradés », déplore le président de l’UNEF, Jean-Baptiste Prévost.
Les universités françaises sont vétustes
Lors de la mise en place de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), en juillet 2007, Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avait parlé d’une première étape avant d’engager les mesures nécessaires à la réhabilitation des bâtiments universitaires et à l’amélioration des conditions de vie étudiante. En général et pour tous.
Les personnes concernées par l’université s’interrogent : les sites sélectionnés l’ont-ils été sur des critères liés à leur vétusté ? Non. « Le site de Lyon a été sélectionné parmi un certain nombre d’autres sites. L’université avait présenté un projet coordonné. Il se déclinait sur quatre campus, Charles Mérieu et La Doua, tous deux retenus, et Bron et Rockefeller, qui n’ont pas été retenus. Lyon II se réjouit bien sûr que Lyon ait été sélectionné, puisqu’il est partie prenante de l’université de Lyon. Mais le campus de Bron est dans un état de vétusté immobilière grave comme le campus Rockefeller. La visibilité internationale des sites a été privilégiée. Mais la question de la rénovation des locaux se pose objectivement par-delà la visibilité ou la non visibilité d’une université », relève, pragmatique, Claude Journès, président de l’université Lyon II.
Les critères choisis par le gouvernement pour sélectionner les sites universitaires apparaissent à beaucoup opaques. « Que va-t-on dire aux étudiants de l’université de Reims, par exemple, dont l’amphi est en train se s’écrouler ? On va leur dire que leur université était moins prioritaire ! Ce n’est pas très sérieux », s’inquiète encore Jean-Baptiste Prévost. D’autant que ni la communauté universitaire, étudiants et personnels, ni les collectivités territoriales n’ont été consultées pour élaborer le plan Campus. « On aurait dû prendre le temps d’établir avec les différents acteurs, régions, milieu universitaire et de la recherche, des critères de localisation et de mise en réseau des universités », estime Yves Durand, député PS du Nord.
Revoir la carte universitaire mais pas à n’importe quel prix !
Le Plan Campus apparaît en réalité comme une volonté cachée de modifier la carte universitaire. « Nous sommes tout à fait d’accord avec une évolution de la carte universitaire. Nous ne sommes pas pour le maintien du statu quo. Ça demande donc de prendre un peu de temps et d’avoir surtout des critères clairs et objectifs pour la mise en œuvre de pôles universitaires. Mais l’autre souci, apparemment évincé par le gouvernement, est de garder une certaine proximité vis-à-vis des étudiants. Ou alors faudrait-il aussi mettre en œuvre une véritable politique d’aide aux étudiants, en particulier de logement étudiant, qui permettent à ceux qui vivent loin de ces pôles universitaires d’y entrer. Aujourd’hui c’est loin d’être le cas », explique Yves Durand. L’inquiétude est donc latente chez les étudiants et les enseignants. Car parmi les six premiers sites choisis, aucun n’appartient à une ville moyenne, et les sciences humaines semblent avoir été oubliées. « C’est à l’Etat d’avoir une politique d’aménagement du territoire. J’ai peur qu’avec un système à plusieurs vitesses, on tourne le dos à l’enjeu de démocratisation de l’enseignement supérieur », ajoute le président de l’UNEF. Et poursuit Claude Journès, « nous ne devons pas être dans deux logiques qui s’affrontent, mais dans des logiques coordonnées. Ce serait une sorte de renoncement de ne pas avoir comme ambition l’excellence internationale. Mais il faut donner des moyens à l’université républicaine, parce que c’est elle qui accueille la masse des étudiants. Et pour l’instant les moyens ne sont pas à la hauteur des besoins ». La droite est allée vendre des actions EDF pour financer ce plan, mais où trouvera-t-elle les ressources nécessaires pour répondre aux besoins des quelque 1 500 000 étudiants français ?
Fanny Costes