Touche pas à mon vote
Tous résidents, tous citoyens ? Pas vraiment puisque les résidents étrangers et non communautaires sont encore privés du droit de vote aux élections locales. La réforme de la Constitution pourrait être l’occasion de mettre fin à cette inégalité. Les socialistes militent fermement pour que ce soit le cas. Face à une majorité frileuse et divisée.
La France va-t-elle enfin réparer une des injustices démocratiques les plus criantes de notre société ? Le collectif national pour la « votation citoyenne », créé à l’initiative de la Ligue des droits de l’homme et qui rassemble aujourd’hui associations, syndicats et partis politiques dont le Parti socialiste, se bat activement pour que soit enfin accordé le droit de vote et d’éligibilité aux résidents étrangers et non communautaires aux élections locales.Ce droit existe déjà dans plusieurs pays européens comme le Danemark, la Finlande ou l’Irlande.
Du 19 au 25 mai, le collectif a donc organisé sa quatrième campagne de votation citoyenne. Celle-ci consistait à inviter les habitants de la soixantaine de villes participantes, consultés sur les marchés, les gares ou les mairies, à répondre par oui ou non à la question « Êtes-vous pour la reconnaissance du droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales ? » Un résultat sans appel : 94,95% des 32 205 votants (contre 20 896 lors de la précédente édition en 2006) ont voté oui. Plus globalement, un récent sondage CSA indiquait que 56% des Français étaient favorables à une telle mesure. « Les gens voient leurs voisins participer à la vie du quartier, payer des impôts sans avoir le droit de voter, commente Pascale Boistard, adjointe au Maire de Paris en charge de l’intégration et des étrangers non communautaires et secrétaire nationale adjointe aux Élections.
Le succès de cette nouvelle campagne peut aider à interpeller fortement les parlementaires. » Non négligeable en cette période de débat sur la réforme des institutions. Les socialistes avaient fait de ce droit une condition pour voter le texte lors de son examen à l’ Assemblée. Ils n’ont pas été entendus. Les regards se tournent désormais vers le Sénat pour la deuxième lecture. Ils se portent aussi sur Nicolas Sarkozy dont l’attitude est pour le moins ambiguë.« Il s’est déclaré favorable à titre intellectuel, mais prétend ne pas avoir la majorité pour faire voter une telle réforme, rappelle Pascale Boistard. En réalité, il est très mal à l’aise sur cette question étant donné qu’il cherche toujours à chasser sur les terres du Front national, évidemment très hostile à un tel projet. Il est temps de sortir de cette idée qu’un citoyen ne peut qu’être Français. » Pour redonner tout son sens au principe d’égalité inscrit au fronton des mairies.
Elisabeth Philippe