La Serbie en route vers l’ Europe

Après la victoire de Boris Tadic à la présidentielle, les législatives demai ont confirmé celle de son parti (DS), reconnu comme pro-européen. Sansmajorité, il devrait s’allier aux anciens socialistes deMilosevic, désireux d’entrer dans une nouvelle ère politique.Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour une adhésion de la Serbie à l’UE.

Le 11 mai, les électeurs serbes ont confirmé la victoire des pro-européens, dans un pays longtemps dominé par l’ultra-nationalisme. Le parti démocratique (DS) de BorisTadic,récemment élu à la présidence de la République, a obtenu 38,4% des voix loin devant le parti radical (SRS) de Tomislav Nikolic. Mais si ce résultat a été applaudi en Europe, Tadic doit désormais contracter une alliance pour obtenir une majorité à l’Assemblée et former un gouvernement. Il a récemment déclaré :« Le Parti socialiste de Serbie (PSS) est tout à fait acceptable en tant que partenaire au sein du gouvernement pour le Parti démocratique. » Au premier abord, un rapprochement avec le PSS, ancien parti du dictateur Milosevic, peut étonner. Mais pour Christian Castagna, spécialiste des Balkans au PS, l’explication est simple : « La Serbie est le seul pays qui n’a pas encore fait l’inventaire de son passé. Et la mort de Milosevic a permis au Parti socialiste serbe de se faire une nouvelle virginité . Il y a donc un élan de pragmatisme de la part des différents partis ».

Un carrefour européen

Le vote des Serbes a donc très largement traduit leur désir de voir le pays se rapprocher de l’Union européenne.Tadic avait d’ailleurs signé peu avant les législatives un pré-accord d’association à l’UE. L’intérêt économique de la Serbie est important. Le chômage atteint aujourd’hui des taux avoisinant les 40%, et les investissements étrangers se sont rarifiés en raison de l’instabilité politique chronique de ces dernières années. L’UE a elle aussi un avantage à s’ouvrir à la Serbie.« La Serbie est un carrefour dans cette région de l’Europe. Quand vous voulez aller d’Athènes vers l’Italie, vous êtes obligé de passer par la Macédoine et la Serbie. La Serbie est un élément essentiel pour unemeilleure intégration de l’espace européen. Et le pays, qui avait, jusque-là, fait le choix de la Russie pour son approvisionnement énergétique, discute aujourd’hui avec l’UE. Ce qui va permettre d’avoir une vision plus cohérente des questions énergétiques européennes, souligne Christian Castagna.Mais on ne va pas pouvoir dire aux Serbes d’attendre 15 ans pour adhérer à l’UE, car la campagne s’est énormément jouée sur l’Europe. Le calendrier devrait donc être accéléré ».

Fanny Costes