La fronde des élus anti-OGM

Au moment où le gouvernement vient de subir un revers cinglant à l’Assemblée avec le rejet inattendu du texte sur les OGM, plusieurs élus se mobilisent contre la culture de plantes génétiquement modifiées sur le territoire de leurs communes.

«Je ne m’oppose pas aux expérimentations, pour peu qu’elles garantissent les libertés ! » Philippe Bonard ne perd pas une occasion de manifester son hostilité aux OGM dont la dissémination porte gravement atteinte aux autres formes de cultures. « En acceptant ces pratiques, le gouvernement prend le risque d’ouvrir la boîte de Pandore, peste le maire de Mûrs-Érigné (Maine-et-Loire, 5 000 habitants). Sans compter que nous touchons là une vraie question sociétale qui engage chacun de nos concitoyens sur le choix de son alimentation. » L’exécutif dont il a la charge, travaille depuis longtemps déjà sur cette problématique.

Arrêtés anti-OGM

Un buffet de fruits gratuit est ainsi offert, chaque hiver, aux enfants de la commune pour faire le plein de vitamines C, tandis que le Groupement de l’agriculture biologique (GAB) a installé son siège à deux pas de l’Hôtel de ville. « Le projet de loi présenté à l’Assemble est un texte liberticide », déplore Philippe Bonard, avant de fustiger une disposition qui tourne résolument le dos au Grenelle de l’Environnement, au nom d’une bévue politique que le gouvernement paie aujourd’hui au prix fort. Point de vue partagé par le maire de Millau, Guy Durand, qui devait mettre en délibération, le 23mai, un arrêté visant à interdire la culture des OGM à l’échelle locale. Décision argumentée par le « pouvoir de police du maire » qui s’applique à la santé et à l’ordre publics.Au nomdu principe de précaution, justifie-t-il, qui figure en préambule de la Constitution, depuis que Jacques Chirac y a fait intégrer la Charte de l’Environnement, en 2005. « Lorsque la réalisation d’un dommage (…) affecte de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent (…) à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées, afin de parer à la réalisation du dommage. » Guy Durand souhaite ainsi marquer son opposition à une « concentration de pouvoir » qui prend le contre-pied de la « souveraineté alimentaire » du pays. Il prévoit, par ailleurs, d’organiser des repas « bio » dans les cantines scolaires en cours demandature.

Principe de précaution

De son côté, Jean-Louis Joseph, maire de La Bastidonne, dans le Vaucluse, a proposé, fin avril, aux membres du Bureau de la Fédération des parcs naturels régionaux, dont il assume la présidence, l’organisation de débats thématiques avec la profession agricole sur les modalités concrètes d’application de la future loi excluant les cultures OGM des périmètres locaux. Manière de manifester leur attachement commun au principe de précaution, en accord avec une grande partie de consommateurs et d’agriculteurs, qui n’ont cessé, au cours des derniers mois, de s’opposer au développement généralisé des OGM dans le pays. Un préalable indispensable pour exiger la réouverture de la procédure parlementaire, en tenant compte, une bonne fois pour toutes, de la volonté exprimée par les élus.

Bruno Tranchant