Journée de solidarité :le jeu de dupes
Après la canicule meurtrière de l’été 2003, on pensait que les pouvoirs publics semblaient avoir pris conscience de la situation déplorable des personnes âgées en France. La journée de solidarité était censée financer des améliorations de leurs conditions de vie.Mais l’État utilise ces sommes pour renflouer les caisses de la Sécurité sociale.
«La journée de solidarité sert en partie à combler le trou de la Sécu. » Avec cette révélation, Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), a lâché une petite bombe.
D’abord programmée au lundi de Pentecôte, la journée de solidarité peut désormais être effectuée n’importe quand dans l’année.C’est une journée travaillée mais non payée. Les salariés avaient fini par accepter d’avaler cette couleuvre en se disant que c’était pour la bonne cause. En effet, cette journée est, selon les termes employés sur le site du ministère du Travail, « destinée au financement d’actions en faveur de l’autonomie des personnes âgées ou handicapées ».
La moitié des sommes détournées
Mais les chiffres délivrés par Pascal Champvert montrent que les fonds récoltés en 2006 et 2007 n’ont pas été totalement consacrés à des actions en leur faveur : « En 2007, la journée de solidarité, fixée alors au lundi de Pentecôte, a rapporté 2,2milliards d’euros : plus de 1,3 milliard étant destiné aux personnes âgées et en particulier plus de 800 millions d’euros aux établissements d’accueil. Or, tous les crédits n’ont pas été dépensés,
en 2007 comme en 2006, et l’État refuse de mettre ces sommes en réserve. 200 millions en 2006 et près de 400 millions en 2007 ont été ainsi intégrés dans l’Ondam (Objectif national de dépenses de l’assurance maladie) pour 2008. Les chiffres sont clairs : en 2006, le quart du budget « personnes âgées » a servi à diminuer les budgets de l’assurance maladie et en 2007 cela risque d’être la moitié des sommes que l’État va détourner pour combler le déficit. »
Les besoins sont pourtant évidents. Aujourd’hui, selon les chiffres de l’Insee, la France compte plus de 13 millions de personnes de plus de 60 ans contre 9millions en 1980. Et le nombre de lits en maison de retraite n’était que de 435 311 en 2006, pour ne prendre que cet exemple. « Le problème, selon Pascal Champvert, c’est que la prise de conscience n’a débouché que sur des petits plans, puis sur un plan Alzheimer qui, à ce jour, n’est pas financé. »
Suite à ces déclarations,Valérie Létard, secrétaire d’État à la Solidarité, a affirmé que les fonds de 2008 seraient entièrement consacrés à des actions pour les personnes âgées.
Fanny Costes