Radicaux et socialistes : un mariage de raison

De la Monarchie de Juillet au congrès d’Épinay, les radicaux ont joué un rôle influent dans le paysage politique français. Après la décision de Jean-Jacques Servan-Schreiber de rallier la droite, en 1971, Robert Fabre et plusieurs de ses proches quittent le Parti radical pour créer le Mouvement des radicaux de gauche (MRG). L’analyse de Jean-Marcel Bichat, délégué national à l’Histoire.

Qui sont les « radicaux » ?
Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), on appelle « radicaux » ces républicains intransigeants qui réclament une transformation radicale de l’ordre politique, au sens démocratique. Ils jouent un rôle important dans les débuts de la IIIe République et constituent en juin 1901 le premier parti politique français, le Parti républicain radical et radical-socialiste, une structure souple (personnalités, comités, journaux) créée en vue des législatives de 1902. Alliés aux socialistes au sein du Cartel des Gauches en 1924 et en 1932, les radicaux portent Édouard Herriot au pouvoir. Les majorités de gauche sont fragiles, les socialistes ne participant pas au gouvernement.

En 1936 la SFIO devient le premier mouvement de gauche, devançant pour la première fois les radicaux…
Grâce aux désistements réciproques, le PC devient lui aussi un grand parti dont les effectifs dépassent vite ceux de la SFIO. Après la Libération, il devient le premier parti de France. La SFIO s’identifie à la IIIe République. Le PC n’a jamais assumé le pouvoir, refusant de participer au gouvernement en 1936. Il bénéficie de son engagement total dans la Résistance à partir de 1941 et tire profit de l’image de l’URSS, victorieuse du régime nazi.

Quid de la tentative de rénovation menée par Pierre Mendès France ?
Elle se conclut par un échec en dépit du succès électoral du Front Républicain, en janvier 1956. Ce front rassemble radicaux, socialistes, UDSR, l’Union démocrate et socialiste de la Résistance de François Mitterrand, et certains gaullistes, dont Chaban-Delmas. Mais c’est Guy Mollet qui accède à la présidence du Conseil. Mendès France quitte vite le gouvernement et abandonne la vice-présidence de son parti en 1957 avant d’en être exclu deux ans plus tard.

S’ouvre alors une nouvelle ère avec la création de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS).
Sous la direction de René Billères, député des Hautes-Pyrénées, le Parti radical forme avec la SFIO et la Convention des institutions républicaines, le parti de François Mitterrand, la FGDS. Il soutient le candidat unique de la gauche à la présidentielle de 1965.

La FGDS applique une stricte discipline à gauche lors des législatives de 1967. Il s’agit là d’un profond changement par rapport à l’élection précédente (1962) qui voyait la SFIO alliée au sein du Cartel des Non aux partis de droite antigaullistes (MRP et Indépendants d’Antoine Pinay). Les gaullistes ne conservent la majorité que d’une voix, grâce à un dernier siège obtenu en Corse dans des conditions incertaines.

La FGDS engage des discussions programmatiques avec le PCF et dresse un bilan des convergences et divergences – essentiellement la politique étrangère et l’Europe, le PCF s’alignant systématiquement sur l’URSS – entre les deux partis. Une déclaration commune est publiée le 24 février 1968. Les évènements de mai bouleversent l’échiquier politique et se concluent par un raz-de-marée de la droite aux législatives.

En 1971, Jean-Jacques Servan-Schreiber, alors secrétaire général du Parti radical, engage une alliance avec les centristes au sein du Mouvement Réformateur. Autour de Robert Fabre, député de l’Aveyron, maire de Villefranche-de-Rouergue, la plupart des élus – René Billères, Maurice Faure, Michel Crépeau… – quittent le parti radical, désormais engagé à droite et fondent le Mouvement des radicaux de gauche (MRG).

Le MRG signe, en juillet 1972, le Programme commun que viennent de conclure le PS et le PCF, un an après le congrès d’Epinay qui en avait préconisé la signature.
Lors des législatives qui suivent (1973 et 1978), le débat se focalise sur le programme de l’opposition, la droite se bornant à dénoncer les dangers du programme commun.

C’est grâce à l’appoint du MRG, uni au PS, au sein de l’UGSD, Union de la gauche socialiste et démocrate, que les socialistes montent en puissance. Le PS dépasse le PCF aux cantonales de 1976 puis aux législatives de 1978. Ce rééquilibrage était pour Mitterrand la clef d’une victoire future de la gauche en France.

Propos recueillis par Bruno Tranchant