Paulette Decraene : Une femme de l’ombre
« J’ai encore des espoirs pour notre société. Je ne crois pas au grand soir, mais au partage et à la solidarité ». Paulette Decraene, 75 ans, a toujours foi dans le socialisme. Des défaites, elle en a connu, notamment celle de Mitterrand en 1974, mais ça ne l’a jamais arrêtée. La fatalité ne fait pas partie de son vocabulaire.
« Que voulez-vous dire de Nicolas Sarkozy ? Il a été élu par 53% des Français ! Ce qu’il faut, c’est préparer la suite avec détermination », lance avec défi, celle qui fut secrétaire de François Mitterrand pendant presque trente ans. À l’évocation de ses souvenirs à l’UDSR d’abord, puis au Parti socialiste et à l’Élysée, ses yeux pétillent. Et son visage se départit rarement d’un sourire. « J’ai eu la chance de travailler avec des gens que je respectais. J’avais beaucoup d’affection pour Mitterrand. Il m’a toujours intimidée. Mais nous avons eu des relations simples et honnêtes. »
La chance n’a pas toujours été au rendez-vous : « Mon enfance a été marquée par la guerre. C’était une enfance heureuse mais j’avais peur tout le temps. Cependant, je trouve qu’on avait beaucoup plus de chances que les jeunes d’aujourd’hui. On était protégé, on savait où on allait ». À Orléans, elle a vécu les bombardements mais aussi des années de lycée épanouissantes. Elle parle beaucoup de son père, professeur de mathématiques, « la personnalité de la famille », et l’un des premiers soutiens de Mitterrand. Avec sa mère, c’était une autre histoire : « Je n’ai pas pu faire Sciences Po car ma mère trouvait que ces études ne convenaient pas à une fille. Elle était née en 1909. La politique pour elle, c’était le diable. Elle trouvait que c’était une perte de temps. Il fallait se marier et avoir des enfants », souligne Paulette dans un éclat de rire.
Mais, si sa vie a été marquée par la politique, elle l’a aussi été par l’Afrique. Son mari, journaliste, a été pendant 25 ans, spécialiste de l’Afrique au journal Le Monde. Sur les murs de sa salle à manger, sont accrochées des dizaines de peintures achetées au Sénégal, au Niger ou encore en Somalie. Elle lancera même avec son mari la revue L’Afrique littéraire et artistique, en 1968. Mais sera obligée d’abandonner en 1982 par manque de moyens. « Dans ma relation avec l’Afrique, il y a beaucoup d’émotions. On y trouve une générosité incroyable. Vous arrivez dans un village où, semble-t-il, il n’y a rien et au bout d’une heure, les habitants ont déjà préparé un repas. » Alors pour elle, pas de doute, elle a eu « une belle vie ». Et même si elle avoue penser que l’individualisme a pris le pas sur la solidarité, elle ajoute : « De toute façon, en politique, il faut rêver. »
Fanny Costes