Intro : Retraites

Retraites : le sujet est réputé complexe et explosif. La droite a bâti sur cet a priori (guère contestable) un préjugé : seules les réformes douloureuses pour les cotisants seraient de nature à préserver le régime. Toute solution moins impopulaire devrait donc être soupçonnée de démagogie. La droite ne s’épargnant pas pour être désagréable, elle seule serait qualifiée pour assurer la pérennité du système CQFD.

Qu’en est-il vraiment ? Les réformes Balladur et Filllon devaient nous sortir de l’impasse. Il n’en a rien été. Le financement des retraites n’est pas assuré. Pire le déficit se creuse depuis 2004.

Quelle est donc la solution que nous propose le gouvernement ? un nouvel allongement de la durée des cotisations d’un an. La proposition est présentée sous l’apparence du bon sens puisque l’espérance de vie augmente régulièrement. Mais alors pourquoi l’ensemble des syndicats font-ils front commun contre cette mesure ?

Il y a évidemment un piège sous l’évidence affichée. Travailler plus longtemps n’est pas si simple. Aujourd’hui le taux d’activité des salariés âgés de plus de 55 ans n’est que de 38% contre 43% dans le reste de l’Union européenne. 380 000 seniors sont d’ailleurs dispensés de recherche d’emploi, leur perspective d’en retrouver un étant infinitésimale. Alors que se passera-t-il mécaniquement si la période de cotisation est prolongée? Les salariés seront encore moins nombreux à partir avec des retraites à taux plein. Plusieurs milliers d’entre eux viendront grossir les rangs du million de retraités qui vivent sous le seuil de pauvreté et des six millions qui vivent avec des revenus inférieurs au SMIC.

La droite se défend en argumentant que cette politique est la seule possible. D’ailleurs les socialistes seraient silencieusement consentants et n’auraient aucune politique alternative à proposer. Voilà pour la caricature. La réalité est si différente que le gouvernement préfère éviter le débat parlementaire pour ne pas s’exposer à la contradiction. Le dossier de cette semaine énumère les propositions du Bureau national qui ont le mérite de ne pas se limiter à des principes généreux, mais précisent au contraire quelles seraient les ressources nouvelles à mobiliser.

Une réforme négociée est possible. Ce n’est pas le chemin pris par le gouvernement qui place au pied du mur les syndicats et s’apprête à siphonner le fond de réserve des retraites créé par le gouvernement Jospin. La force de la droite c’est son culot. Elle s’appuie sur sa mauvaise gestion pour ensuite en appeler à la sueur et aux larmes. On a longtemps dit que la droite française était « la plus bête du monde ». Pas sûr. En revanche, il n’est pas impossible qu’elle concourre aux premières places pour être « la plus cynique ».

 

Thomas Colognac