Hôpital : une réforme à hauts risques !

La recomposition hospitalière, destinée à accroître l’efficience de l’organisation des soins à l’échelle territoriale, suscite de nombreuses interrogations parmi les élus. Lesquels s’inquiètent des conséquences que la réforme programmée à l’automne fait planer sur l’avenir des établissements de proximité.

Redéploiement de crédits, absence de financement, coupes dans les services publics… Sous couvert de modernisation, la réforme hospitalière que concocte le gouvernement ne fait qu’accélérer l’entreprise de destruction massive d’unités de soins. Le récent discours du chef de l’État, à Neufchâteau (Vosges), ne fait à cet égard qu’amplifier un processus déjà mal engagé. Concrètement, il reprend les grandes lignes du rapport Larcher, sans pour autant lever les ambiguïtés qui y sont attachées. Il s’emploie ainsi à réduire la voilure desdites structures, assimilées à de simples annexes, sans se préoccuper de l’identité et de la complémentarité des établissements existants.

Disparition programmée

Ces mesures nécessiteront d’importants moyens financiers, fait valoir l’Association des petites villes de France (APVF), faute de quoi les « communautés hospitalières de territoire », dévoilées pour l’occasion, ne serviront qu’à « cacher une politique de recomposition visant à vider les petits hôpitaux de leur substance et à programmer leur disparition ». L’organisation des soins doit pourtant répondre à trois principes, font valoir les élus : complémentarité, accessibilité et subsidiarité. « Beaucoup d’actes peuvent être réalisés dans des petits hôpitaux avec un niveau de sécurité égal et pour un coût moindre, y compris en chirurgie et en obstétrique, note l’APVF. Bien utilisés, ceux-ci peuvent en outre permettre de désengorger des structures plus importantes ».
Autre motif d’inquiétude : l’avenir financier des unités de proximité auquel le chef de l’État n’apporte aucune solution. La création des communautés de territoire ne doit pas « répondre à une seule logique comptable, mais apporter une amélioration de la qualité de l’offre de soins pour leur population », prévient l’Association des maires de France (AMF).

Carte hospitalière

« Le discours du président a le goût et la saveur d’une annonce de carte hospitalière qui ne dit pas son nom », renchérissent Pascal Terrasse, Claude Pigement et Frédéric Pain, tous trois membres du Bureau national du Parti socialiste. La promotion du directeur, au rang de patron des hôpitaux, et les statuts « plus souples » des praticiens « risquent de transformer le service public hospitalier en une entreprise de santé dont les objectifs seraient purement financiers », lancent-ils d’une même voix.
Toute réforme ambitieuse exige des moyens. « Où le Président va-t-il les trouver pour équilibrer les comptes en 2012, alors que les hôpitaux débutent l’année 2008 avec un déficit de 800 millions d’euros et que le ministre du Budget exige 5 milliards d’économies à la Sécurité sociale ? », s’interrogent-ils. Et de pointer l’absence, dans le discours élyséen, de toute référence à la démocratie sanitaire. « Une réforme n’associant pas ses personnels, les élus et les usagers est vouée à l’échec », déplorent les intéressés, avant de pointer l’« arrivée massive » de fonds spéculatifs qui ne manquera pas de modifier la donne sur les plans économique et sanitaire. Un jalon de plus dans l’entreprise de démolition de la santé pour tous.

Bruno Tranchant