41 ans de cotisations : le mauvais calcul du gouvernement

Prévu pour 2012 par la loi Fillon de 2003, l’allongement de la durée de cotisation de 40 à 41 ans reste un objectif du gouvernement actuel. François Fillon semble ne pas accepter l’échec des réformes qu’il avait mises en place alors qu’il était ministre des affaires sociales et s’entête à repousser l’âge d’une retraite à taux plein alors qu’une personne sur deux quitte la vie active avec une retraite partielle. Analyse d’une nouvelle casse sociale annoncée.

Quand en 2003, François Fillon prévoyait une augmentation progressive de la durée de cotisation de 40 années en 2008 à 42 ans en 2020, deux conditions majeures avaient été mises sur la table afin de garantir l’efficacité de cette mesure : la baisse du taux de chômage des 50-60 ans et l’amélioration de la pénibilité du travail. Mais aujourd’hui force est de constater qu’aucune n’est remplie. Comment vouloir sérieusement reculer l’âge de la retraite quand nombre de patrons cherchent à se débarrasser de leurs seniors ? Avec un taux d’activité des salariés âgés de plus de 55 ans inférieur à 39%, la France se trouve en queue de peloton de la moyenne européenne (voir schéma). Ces mêmes employeurs qui exigent, via le Medef, une augmentation de la durée de cotisation sont aussi ceux qui n’hésitent pas à mettre en préretraites leurs salariés usés par des conditions de travail trop rudes. Quand sortira-t-on de cette schizophrénie ?

Aujourd’hui, les salariés parvenant à l’âge de la retraite disposent de moins en moins souvent d’une carrière pleine. L’essor de la précarité salariale, les périodes de chômage, le développement de l’intermittence et du temps partiel contraint, fragilisent les chances d’un accès à une retraite à taux plein. Demander aux salariés de travailler un an de plus serait ne rien comprendre au rapport de force entre salariés et employeurs. Qui à l’heure actuelle décide de quitter le monde de l’entreprise à 59 ans en moyenne ? Cette statistique ne relève en aucun cas du libre choix des intéressés, mais des réalités de la gestion des ressources humaines dans les entreprises. Les solutions de facilité utilisées par les employeurs consistant à recourir aux départs anticipés, financés par des fonds publics, doivent être récusées.

Bref, dans l’état actuel du marché du travail, et étant donné la dégradation de la qualité des carrières professionnelles, l’allongement de la durée de cotisation se traduirait purement et simplement par une nouvelle baisse du pouvoir d’achat des retraités, et plus encore des futurs retraités. Et ce pour quel bénéfice ? Les analystes s’accordent sur le chiffre de 4 milliards d’euros en 2020. Quand on rapporte ces 4 milliards d’économies accumulés d’ici à 2020 aux 15 milliards d’euros annuels du paquet fiscal, on mesure une fois de plus la profonde injustice sociale résultant des choix de la majorité gouvernementale.

Damien Ranger