« Prouver que la méthode de pourparlers est plus efficace que les tirs de roquette »
Le processus d’Annapolis marque une reprise des négociations israélo-palestiniennes, après huit ans d’impasse. Mais plus de soixante ans après le début du conflit, et face à un Hamas intransigeant, peuvent-elles enfin aboutir à la signature d’un traité de paix ? Daniel Shek, ambassadeur d’Israël en France, estime que le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est un interlocuteur sérieux et crédible.
Depuis la deuxième Intifada en 2000, toutes les négociations entre Israël et Palestine ont échoué. Pourquoi ?
En 2000, les négociations n’ont pas seulement échoué mais débouché sur une explosion immédiate de violences de la part des Palestiniens. Il était légitime pour eux de ne pas accepter les accords proposés à Camp David et à Taba. Mais plutôt que de poursuivre la négociation ou de proposer autre chose, ils ont lancé l’Intifada. Nous sommes entrés dans un engrenage qui a plongé la région dans une longue et douloureuse période. C’est pourquoi l’optimisme est aujourd’hui de mise face au nouveau processus d’Annapolis. C’est la première tentative crédible avec un partenaire crédible, pour essayer de rétablir les négociations.
Mahmoud Abbas et son gouvernement sont donc des partenaires crédibles…
Sans doute. Pour négocier avec quelqu’un, il faut avoir un minimum de bases communes. Et la base commune nécessaire pour une négociation israélo-palestinienne repose avant tout sur le concept de deux États-Nations pour deux peuples. L’objectif politique est de créer un État palestinien indépendant vivant en paix, au côté d’Israël. Ce concept est parfaitement accepté par Mahmoud Abbas et son équipe. En plus, Abbas fait preuve d’une motivation très positive pour la réussite de cette négociation. Ce qui renforce sa crédibilité.
Hind Khoury, déléguée générale de Palestine en France, dénonce l’édification du « mur » entre Israël et Palestine. La démarche d’Israël est-elle moins sécuritaire aujourd’hui ?
Elle ne peut malheureusement pas être moins sécuritaire, car l’un des gages les plus forts pour permettre un processus de négociation, est qu’il n’y ait pas d’attentats. Et la barrière de sécurité, clôture électronique et physique, n’a été érigée que dans certaines zones. Son impopularité évidente n’est dépassée que par son efficacité. On constate une baisse de 90% des attentats-suicides. Elle est d’une efficacité telle qu’à long terme, elle contribue plus à la paix qu’elle n’y nuit. Cependant, le jour où nous signerons un traité de paix avec les Palestiniens, cette clôture n’aura plus de raison d’exister.
Dernièrement, Abbas a tenté de discuter avec le Hamas au Yémen. Ce rapprochement pose-t-il problème à Israël et pourrait-il bloquer les négociations en cours ?
Des pourparlers entre Mahmoud Abbas et le Hamas peuvent nuire en effet. La dernière fois qu’ils ont tenté de créer un gouvernement d’union nationale, ça s’est soldé par un arrêt de toute négociation, et par une guerre civile inter-palestinienne. D’ailleurs Abbas est exigeant en ce qui concerne la reprise des contacts avec le Hamas. Les négociations au Yémen n’ont pas abouti, car le Hamas est extrêmement intransigeant sur son idéologie. Et il a refusé les trois conditions fondamentales à la reprise du dialogue, posées par la communauté internationale : la reconnaissance de l’État d’Israël, l’arrêt de la violence et l’acceptation de tous les accords déjà signés entre les Palestiniens et les Israéliens.
La situation de Gaza n’est toujours pas stabilisée. Mahmoud Abbas a-t-il les moyens d’agir et l’État d’Israël a-t-il un rôle à jouer ?
Israël s’est retiré fin 2005 de Gaza. Notre pays doit se garder de se mêler de la politique interne des Palestiniens. Si nous ne souhaitons pas que d’autres se mêlent de notre politique intérieure, il faut respecter le même principe ailleurs. Le seul moyen pour Israël de renforcer les chances de Mahmoud Abbas d’installer la paix sur ce territoire est de réussir ces négociations d’Annapolis. ; prouver que la méthode de pourparlers est plus efficace que les tirs de roquette.
Cela ne signifie pas qu’on peut laisser Gaza de côté, et ses habitants dans une détresse humanitaire insupportable. Nous essayons d’y répondre en favorisant au mieux le passage de l’aide humanitaire. Mais tant qu’elle sera dirigée par des leaders qui choisissent la voie de la violence, il est évident qu’Israël devra déployer des moyens de sécurité pour se défendre.
Que souhaitent aujourd’hui les populations des deux pays ?
La grande majorité est en faveur des tentatives de paix. Et tout le monde en Israël, y compris l’armée, comprend parfaitement qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit. L’emploi de la force vise à protéger la population de la violence, pas à régler le conflit. Seuls la négociation et un accord de paix y mettront fin. Le concept de deux États pour deux peuples vivant en paix l’un à côté de l’autre est aujourd’hui, sans aucun doute, l’idée qui prime dans l’opinion israélienne.
Quels sont, selon vous, les éléments qui doivent figurer dans la négociation pour aboutir à un accord de paix et à l’existence effective de deux États ?
Derrière ce processus, les Israéliens veulent aborder tous les sujets de discorde et pas seulement celui du partage du territoire. Il s’agit notamment d’aborder la sécurité d’Israël, les relations entre les deux pays, les implantations, la question des réfugiés palestiniens, de l’eau…Mais si j’avais les solutions, je ne les garderai pas pour moi !
Propos recueillis par Fanny Costes