Écrire l’histoire après Mai 68

Quarante ans après, que reste-t-il de Mai 68 ? Indéniablement demeure dans la mémoire collective le souvenir d’un grand événement où se mêlent les émeutes et manifestations au quartier latin et les grèves et occupations d’usines. Surtout, Mai 68 fut un événement déclencheur. Face à un pouvoir gaulliste enfermé dans son inflexibilité et mis hors-jeu par son décalage vis-à-vis des aspirations profondes exprimées, étudiants, intellectuels et ouvriers ont amorcé des combats précurseurs.

Libération des femmes, massification de l’enseignement, augmentation du pouvoir d’achat, émergences des causes environnementales, proclamation de nouveaux droits, autonomie de la jeunesse, contestation de l’autoritarisme comme mode d’affirmation du pouvoir… Notre société est profondément marquée par ces combats émancipateurs qui ont rythmé les années 70 et auxquels le PS d’Epinay s’est ouvert.
Quand la droite souhaite revenir sur Mai 68, en faisant mine d’en faire la source de tous nos maux, ce n’est pas au caricatural « jouissez sans entrave » qu’elle s’attaque, mais bien à tous ces combats culturels et aux libérations qu’ils ont entraînées.
Notre génération ne regarde pas Mai 68 comme un âge d’or dont elle aurait à faire fructifier on ne sait quel héritage. Elle regarde vers l’avenir tout en étant trop souvent otage du quotidien. Elle ne cherche pas à imiter, mais bien à résister, construire et inventer. Peu de romantisme, mais des combats forts : pour le droit au logement, contre la précarité, l’égalité d’accès au savoir et à la culture, les libertés numériques… C’est peut-être en cela qu’elle porte le plus l’esprit de Mai 68, cet esprit de libération, cet esprit de changement. Contester un ordre injuste, réconcilier réformes à court terme et ambitions de transformation sociale et démocratique à long terme, c’est un peu cela être socialiste, 40 ans après Mai 68.
La où la droite manipule la mémoire, la responsabilité des socialistes est d’écrire l’histoire.

Antoine Détourné, président du MJS