Vague rose sur le paysage intercommunal

Le « quatrième tour » des élections municipales et cantonales s’est soldé par une victoire sans partage du Parti socialiste à la tête des communautés d’agglomération de plus de 500 000 habitants. Ce résultat ne fait que confirmer, voire amplifier les excellents scores enregistrés par la gauche en mars.

Un « quatrième tour » en forme de plébiscite. L’élection des présidents de communautés urbaines, programmée fin avril, a confirmé et amplifié la « vague rose » des 9 et 16 mars et le basculement à gauche d’un nombre élevé de municipalités emblématiques. Cerise sur le gâteau, Eugène Caselli est parvenu, contre toute attente, à devancer l’UMP Renaud Muselier à la tête de la communauté urbaine de Marseille, en devançant sur le fil – 79 voix contre 77 – l’ancien adjoint de Jean-Claude Gaudin. Lequel présidait jusqu’ici Marseille Provence Métropole (MPM), troisième agglomération de France avec près d’un million d’habitants, depuis sa création, le 15 septembre 2000.

Défis

Consensuel, l’élu socialiste souhaite inscrire son mandat sous le signe du dialogue, en dépit de contraintes financières indéniables. Dès le lendemain de son élection, il partait à la rencontre de plusieurs maires pour prendre le temps d’analyser la situation et les demandes des communes de la couronne marseillaise. En ligne de mire, le très contesté projet d’incinérateur de Fos-sur-Mer d’une capacité de traitement de 300 000 tonnes de déchets, doublé d’une usine de méthanisation traitant 110 000 tonnes, voulu par Gaudin et mis en cause par les municipalités environnantes. De nombreuses procédures judiciaires ont incité le patron de la fédération (PS) des Bouches-du-Rhône à réclamer un moratoire sur les travaux pendant la campagne.
Autre sujet épineux qu’il lui faudra bien trancher rapidement : le Port Autonome de Marseille. Le projet de loi sur la réforme des ports autonomes, examiné en conseil des ministres, le 23 avril, prévoit notamment le passage de la totalité des activités de manutention portuaire sous le contrôle d’opérateurs privés. Quelque 1 200 dockers et 1 500 personnels du port sont concernés par la mesure. Et parmi eux, nombreux sont ceux qui redoutent de perdre leurs avantages. Le défi s’annonce donc difficile.

Avancées

Il l’est tout autant à Lille où Martine Aubry succède au très emblématique Pierre Mauroy à la tête de la métropole (1 million d’habitants pour un budget de 1,5 milliard d’euros). Au programme, la construction du grand stade, jugée onéreuse, la création annuelle de 6 000 à 8 000 logements supplémentaires, l’extension des réseaux de transports en commun… Avec des économies de gestion à la clé, des subventions et la location ou la vente du patrimoine, comme annoncé pendant la campagne.
À Bordeaux, Vincent Feltesse, par ailleurs maire de Blanquefort, hérite des commandes de la CUB, qui regroupe 27 communes, pour un total de 660 000 habitants. Son vœu le plus cher : faire avancer la question du suffrage universel au niveau de l’agglo, lorsqu’il héritera, en 2009, de la présidence de l’Association des communautés urbaines de France. Conséquence logique de la signature d’un « accord de coopération » entre la gauche et la droite, cette élection arrive à point nommé pour faire de ce vaste territoire une métropole européenne à part entière grâce, notamment, au développement de la ligne ferroviaire à grande vitesse qui mettra Bordeaux à deux heures de Paris à l’horizon 2016. Enfin !

Bruno Tranchant