Les promesses non tenues

Pouvoir d’achat

« Je veux être le président du pouvoir d’achat. (…) Les salaires sont trop bas dans notre pays. Je demanderai aux entreprises de faire un effort sur les salaires, car l’État fait lui-même un effort sur les allègements de charges. » (Projet présidentiel)

Il n’a pas demandé aux entreprises de faire un effort mais aux travailleurs. Avec son slogan « travailler plus pour gagner plus », il conçoit finalement que la seule possibilité pour les salariés de voir leur rémunération augmenter est de faire des heures sup.

Mais, un temps, la population a attendu les fameuses mesures en faveur du pouvoir d’achat. Rien n’est arrivé, sauf peut-être le constat d’une inflation à 3%, la hausse des prix alimentaires de près de 5% en un an ou encore l’augmentation du coût des carburants. Dans le même temps, la crise mondiale a servi à désengager le gouvernement. Lequel a placé toutes ses billes dans le paquet fiscal.

Cette situation n’épargne pas les étudiants. Pourtant là encore, le candidat Sarkozy avait promis : « Je veux transformer la condition étudiante, en faisant tout pour que l’argent ne soit jamais un obstacle à la poursuite des études, en permettant à nos jeunes d’être autonomes» (Projet présidentiel). Aujourd’hui, l’autonomie des étudiants est abandonnée au profit d’un plan d’austérité. Christine Boutin a récemment envisagé de modifier le calcul des aides au logement soit disant « inéquitables ». Seulement chacun sait que le caractère universel de cette attribution calculée sur les revenus des étudiants, et non de leurs parents, permet à tous d’accéder plus facilement au parc locatif. Ces aides concernent 600 000 jeunes. Un changement de calcul pourrait obliger certains d’entre eux à se salarier pour payer leur logement. Par ailleurs, le ministère de l’Enseignement supérieur vient de rendre publics les nouveaux critères d’attribution des bourses. Sous couvert d’une simplification technique, il supprime des « points de charge » relatifs à la situation personnelle de l’étudiant : le handicap, les enfants à la charge de l’étudiant et le statut d’étudiant à charge de parent isolé sont supprimés. « Un étudiant en situation de handicap dont les parents ont un revenu brut global de 13 500€ perdra 2 points liés au handicap et percevra, en 2008-2009, 1171€ de moins qu’avec l’ancien barème, soit une baisse de 130€ par mois », s’inquiète l’UNEF.

Droits de l’homme

« Je n’accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie ou au Darfour. Le silence est complice. Je ne veux être le complice d’aucune dictature à travers le monde. » (Meeting de Bercy, 29 avril 2007)

Nicolas Sarkozy a souvent dit lors de sa campagne que rien ne pourrait l’empêcher de condamner les dictatures. Un an après son élection, son action prouve que ce principe a été égaré entre la rue de la Boétie et l’Élysée. Premier exemple : son voyage à Moscou des 9 et 10 octobre dans le cadre du sommet du G8. Là, il n’a bizarrement pas évoqué les violations des droits de l’homme en Tchétchénie. En décembre ensuite, il a accueilli en grande pompe Mouammar Kadhafi, dictateur de Libye, reçu en grande pompe à l’Élysée. Hospitalité surprenante pour un homme que la France avait refusé d’accueillir depuis 34 ans. Face aux critiques, Nicolas Sarkozy a adapté son discours : « la France doit parler à tout le monde ». Il se justifiait alors par la signature de 10 milliards d’euros de contrats. En réalité, seul un contrat de 300 millions de matériel de distribution d’électricité a été signé.

Laïcité

« La laïcité, l’égalité entre la femme et l’homme, la liberté de conscience sont des principes avec lesquels je ne transigerai jamais. » (Projet présidentiel)

Cette promesse que Nicolas Sarkozy a souhaité inscrire dans son programme, il l’avait déjà annoncée dans le bulletin des élus locaux, en 2005, lorsqu’il était président de l’UMP: “La laïcité moderne, telle que je la conçois, ce n’est pas la laïcité intransigeante ou condescendante”. Pourtant, cette conception de la laïcité paraît aux antipodes du discours de Mentouri à Constantine et de celui prononcé à Rome, à Saint-Jean-de-Latran en décembre dernier. « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes», a-t-il martelé en voulant «assumer pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Église ». Plus qu’un pas avant l’abrogation de la loi de 1905 ?

OGM

« Comme beaucoup de consommateurs et d’agriculteurs, je ne perçois pas, pour le moment, le service réellement rendu par les OGM qui sont mis en culture dans le monde. Je partage donc leurs réticences à ce que nous les utilisions. » (Convention de l’UMP consacrée à l’agriculture, 18 octobre 2006.)

Le Grenelle de l’environnement et son lot de belles promesses écologiquement correctes semblait encore confirmer les « réticences » de Nicolas Sarkozy envers les organismes génétiquement modifiés. Mais celles-ci sont vite tombées sous la pression des lobbies céréaliers. Résultat, le projet de loi sur les OGM voté en deuxième lecture par le Sénat, le 17 avril, sème les germes d’une agriculture totalement dépendante de ces substances. Loin du Grenelle qui préconisait « la liberté de produire sans OGM », l’article 1 de ce texte stipule « avec ou sans OGM ». Etant donné les risques de dissémination et de contamination des cultures, la liberté de produire et de consommer sans OGM est sérieusement entamée ! D’autant que ce même texte estime qu’une récolte contaminée à 0,9% sera considérée sans OGM. Quant à l’amendement 252, dit amendement Chassaigne, qui était l’une des rares avancées du projet de loi, il a été totalement vidé de son sens. Il visait à protéger les cultures AOC (appellation d’origine contrôlée), les produits à label et les filières de production qualifiées sans OGM. Mais le Sénat a opéré une correction désastreuse en précisant que le seuil minimal d’OGM ne sera pas égal à 0% mais fixé par voie réglementaire. Un texte voté au mépris de la qualité de notre agriculture et de la sécurité alimentaire et environnementale.

Afghanistan

« Il était certainement utile qu’on les envoie, dans la mesure où il y avait un combat contre le terrorisme, mais la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive. (…) Le Président Chirac à décider de rapatrié nos forces spéciales et un certain nombre de régiment. C’est une politique que je poursuivrai. »
(« À vous de juger », France 2, 27 avril 2007)

Il ne s’est pas écoulé un an entre cette affirmation et l’annonce de Nicolas Sarkozy, à Londres, de l’envoi d’un millier de soldats français en Afghanistan. Alors que le conflit s’enlise dans la région, et qu’aucune vision globale n’a été étudiée sur la poursuite des opérations, Nicolas Sarkozy estime qu’il faut assurer de « l’engagement résolu et constant de la France (…) au service de la liberté et de la sécurité du peuple afghan. »

Allocations familiales

« J’aiderai les familles à chacune des étapes de leur existence. En particulier, j’allouerai des allocations familiales dès le premier enfant. » (Projet présidentiel).

Son « Famille, je vous aide » de campagne s’est récemment mué en « Famille, je vous hais ». Certes, Nicolas Sarkozy est bien décidé à réformer les allocations familiales mais pas dans le sens où il s’y était engagé. Oubliées les aides dès le premier enfant. Le gouvernement s’apprête en effet à modifier les règles de majoration des allocations familiales. Jusqu’à présent, elles étaient versées dès le deuxième enfant, sans conditions de ressources et majorées à 11 et 16 ans. Deux majorations fondues en une seule pour un enfant de 14 ans, à partir du 1er mai. Une mesure qui soulève une vive inquiétude. À juste titre puisque d’après les estimations de plusieurs syndicats, ce nouveau mode de calcul entraînera une baisse des prestations de l’ordre de 600 euros. En effet, un vrai coup de pouce aux familles.

Handicap


« Les personnes handicapées doivent pouvoir vivre décemment, ce qui est actuellement impossible avec une allocation Adultes handicapés (AAH) de 621 euros. Il n’est pas acceptable que le montant de l’AAH n’atteigne même pas le seuil de pauvreté de 788 euros. Plus de 700 000 personnes sont concernées. Afin de remédier à cette situation, je propose de revaloriser l’AAH de 25%. »
(Interview de Nicolas Sarkozy, Le Parisien, 23 mars 2007)

Pourtant, au cours d’une table ronde sur l’insertion professionnelle des handicapés, à Tarbes le 25 mars dernier, le chef de l’État a annoncé 5% de revalorisation de l’AAH en 2008 pour s’établir à 628,10 euros par mois. Une situation qui place encore l’allocation bien en dessous du seuil de pauvreté mais cela ne semble plus émouvoir Sarkozy maintenant qu’il est Président.

Aide au développement


« Je veux lancer à tous les Africains un appel fraternel pour leur dire que nous voulons les aider à vaincre la maladie, la famine et la pauvreté et à vivre en paix. Je veux leur dire que nous déciderons ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse. »
(Discours du 6 mai, après l’annonce de sa victoire)

Si Nicolas Sarkozy comptait mettre en œuvre une « politique ambitieuse de développement », il ne fallait pas commencer par baisser l’aide publique de la France. « L’aide publique au développement de notre pays est passée de 0,47 % du revenu national brut à seulement 0,39 % en un an seulement. La France s’était pourtant engagée, dans le cadre européen, à atteindre un niveau d’aide publique au développement représentant 0,7 % de son revenu national brut à l’horizon 2015. Le gouvernement cumule tous les échecs économiques : déficit pour les caisses de l’Etat, rigueur pour les Français et affaiblissement de la solidarité avec les pays en développement », souligne Faouzi Lamdaoui, secrétaire national adjoint au Partenariat équitable.

Croissance


« J’irai chercher la croissance avec les dents. »
Université du MEDEF (30/08/2007).

Sur le front de la croissance, les déclarations du chef de l’État et de son Premier ministre frisent le ridicule. En 2007, Fillon annonce ainsi un chiffre proche de 2% et de 2,5% pour l’année suivante, là où les économistes prévoient un seuil maximum de 1,5% ! Ces prévisions à la petite semaine attestent du peu de crédibilité de la politique gouvernementale qui se traduit, dans les faits, par des coupes budgétaires draconiennes. Il manquera donc 10 milliards d’euros de recettes fiscales dans les caisses de l’État, en sus du coût exorbitant du paquet fiscal : 10 milliards, en 2008, et 15 milliards, en 2009 !
Le gouvernement s’était pourtant engagé, auprès de ses partenaires, et à la veille de la présidence française de l’Union, à réduire les déficits publics. Mais l’ajustement auquel Sarkozy et Fillon se réfèrent se solde par un plan de rigueur de 20 milliards ! Avec, pour conséquences prévisibles, une hausse de la TVA, de la CSG et de la CRDS, d’une part, et une réduction drastique des dépenses publiques, comme certaines décisions le laissent augurer : suppression de tribunaux, baisse du nombre de fonctionnaires, réduction du budget de l’hôpital public…

Impôts

« Je n’augmenterai pas les impôts, mais au contraire ferai tout pour les baisser. » (Projet présidentiel de Nicolas Sarkozy)

Il fallait peut-être comprendre que le Président ferait tout pour baisser les impôts pour les plus riches. Si tel était ce message à l’époque, il faut lui reconnaître un certain succès. Si, en revanche, il parlait des impôts de tous les Français, le résultat est plutôt calamiteux. Alors que le gouvernement s’était empressé, quelques semaines après son installation, de faire voter le paquet fiscal pour les plus riches, rien n’est aujourd’hui prévu pour l’immense majorité des contribuables. Il est peut-être même temps pour eux de s’inquiéter des probables augmentations d’impôts. La création d’une TVA sociale ou l’augmentation de la CRDS sont des pistes souvent évoquées à demi-mot par les conseillers et les ministres pour résorber des déficits de plus en plus incontrôlables.

Pacte de stabilité

« La maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier. » (Projet présidentiel)

Un impératif, rien de moins ? Il est vrai que les partenaires européens commençaient à s’agacer des engagements non tenus du gouvernement français sur la réduction de son déficit depuis 2002. Ils avaient pourtant cru à une ère nouvelle avec le Président Sarkozy, mais la lune de miel a été de courte durée. Dès le 23 mai dernier, il demandait à n’être jugé sur l’endettement et les déficits qu’à la fin de son quinquennat. L’objectif de 2010 fixé par l’Union européenne ne serait plus respecté et les autres pays membres n’avaient qu’à s’aligner sur le calendrier électoral français. Et vu la vitesse à laquelle se dégradent les finances de l’État depuis l’arrivée du Président Sarkozy, il ne faudra sûrement pas attendre la fin de son mandat pour juger de l’ampleur des dégâts.

Parachutes dorés

« Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l’été 2007 une loi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes » (Discours de Nicolas Sarkozy lors de la réunion publique tenue à Marseille le 19 avril 2007)

Il fallait être d’une naïveté à toute épreuve pour croire que Sarkozy mettrait fin aux parachutes dorés. Après s’être opposée en 2003 au projet de loi socialiste proposant cette suppression, l’UMP aurait décidé de faire machine arrière ? Difficile à croire quand son Président est un proche des milieux d’argent et des patrons du CAC 40. Cette volte-face avait peu de chance de convaincre. Finalement le texte de loi voté par le Parlement, l’été dernier, revient à ne strictement rien changer aux pratiques actuelles puisqu’il confie aux conseils d’administration des grandes entreprises le soin de lutter contre les abus. Mais qui dirige les conseils d’administration ? Les bénéficiaires potentiels de parachutes dorés, non ?

« Je consacrerai beaucoup d’argent aux banlieues, dans l’éducation, la formation, la rénovation urbaine, les services publics, les transports, l’activité économique » (Projet présidentiel)

« Un plan Marshall » pour les quartiers, rien que ça. Quand il était candidat, Nicolas Sarkozy voyait les choses en grand. Et beaucoup lui faisaient confiance. À commencer par Fadela Amara, sa secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville. Elle y croyait tellement à cette promesse de campagne qu’elle ne craignait pas d’annoncer publiquement qu’elle obtiendrait un milliard d’euros pour son plan. Dans ses rêves. Même s’il règne un certain flou autour des sommes dégagées, il est néanmoins certain que les crédits seront bien inférieurs à ce qu’espérait l’ex-présidente de Ni putes ni soumises. Seul chiffre clairement annoncé : 500 millions d’euros destinés au désenclavement des quartiers les plus défavorisés, souvent dépourvus en transports en commun. Seulement, cette somme sera prélevée sur les crédits alloués au Grenelle de l’environnement. Un étrange tour de passe-passe. De la même manière, le candidat Sarkozy voulait rompre avec les politiques de la ville passées. Résultat, la seule mesure un peu détaillée annoncée par le chef de l’État consiste à réintroduire, sous un autre nom, la police de quartier qu’il avait lui-même supprimée quand il était ministre de l’Intérieur.
Mais finalement, à quoi bon dépenser plus pour les quartiers quand un bon vieux Kärcher fait l’affaire ?