Hamou Bouakkaz : Hors des cases
En arabe, « bouakkaz » signifie « l’homme à la canne ».Aveugle de naissance,Hamou Bouakkaz ne considère pas cette coïncidence comme un signe tragique du destin.
De toute façon, l’adjoint au Maire de Paris en charge de la Démocratie locale et de la vie associative, préfère le rire aux larmes. Résolument optimiste, il a pour devise ce refrain de Georges Moustaki: «Nous avons toute la vie pour nous amuser. Nous avons toute la mort pour nous reposer. »
Né à Alger en 1964, Hamou Bouakkaz arrive en France à l’âge d’un an. Ses parents espèrent qu’un médecin pourra le guérir. Commence alors une vie en banlieue parisienne. Le père travaille comme ouvrier, la mère élève les quatre enfants. Hamou intègre un institut spécialisé et développe très tôt un esprit militant et frondeur. «En 1974, je n’avais pas 10 ans que j’incitais déjà mes petits copains à voter pour François Mitterrand. Une attitude qui s’explique peut-être parce que je suis un enfant d’Algérie, bercé dans le culte de l’indépendance en même temps que dans l’amour pour la France.» Peutêtre aussi parce qu’il grandit plus vite que les autres. À la maison, comme ses parents sont analphabètes, c’est lui qui s’occupe des papiers administratifs. Hamou Bouakkaz raconte tout cela simplement. Sans pathos. « Dans la vie, c’est comme si on était toujours assigné à résidence. Si tu es aveugle,tu es forcément triste. Il faut pourtant aller à l’encontre des préjugés.» Pour sa part, il y met un point d’honneur.
Après des études à l’École nationale supérieure des télécommunications et une maîtrise de mathématiques, Hamou rentre au Crédit Lyonnais comme ingénieur, puis devient trader. «Les métiers d’aveugles, c’est plutôt kiné ou standardiste. Pas trader. Bizarrement, dans ce milieu qui ne vit que pour l’argent, j’ai découvert une vraie solidarité.» Très actif dans le milieu associatif qui lutte pour la reconnaissance du handicap, il vient plus tardivement à la politique. Un homme le convainc: BertrandDelanoë dont il a tout de suite aimé «la voix chaleureuse et empathique». En 2001, quand ce dernier accède à la mairie de Paris, Hamou devient son conseiller technique en charge de l’inclusion des Personnes handicapées à la vie de la cité. « Le budget destiné au handicap a étémultiplié par 12 et on est enfin passé d’une vision caritative à une solidarité de combat.»
Les résultats sont là :les enfants autistes de la capitale peuvent partir en colonies de vacances sans payer de frais supplémentaires,des salles de cinéma sont accessibles aux non-voyants grâce à l’audiodescription, les feux sonores sont de plus en plus nombreux… «Chacun porte son ambition à la hauteur qu’il veut »,estimeHamou Bouakkaz.Lui l’a hissée très haut.
Élisabeth Philippe