Dossier défense – Un budget en berne

À l’heure où Nicolas Sarkozy annonce le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan et l’envoi de troupes françaises en Afghanistan, il pratique des coupes claires dans le budget de la Défense. Une contradiction embrassante sur laquelle revient Patricia Adam, députée de Brest et spécialiste des questions de défense.

Quelles vont être les conséquences de la révision générale des politiques publiques pour la défense française?

Environ 40 000 emplois civils et militaires vont être supprimés et des centaines de sites fermés. Objectif affiché : économiser « à terme » 1,5 milliard d’euros par an. C’est une économie très relative pour un budget de la Défense supérieur à 36 milliards par an. En revanche, la brutalité et le caractère technocratique de ces décisions risquent d’altérer profondément les capacités opérationnelles de nos armées. Pour la première fois, des hauts gradés, dont le chef d’état-major de l’armée de terre, ont évoqué publiquement le malaise des militaires. Je suis aussi très inquiète des conséquences économiques et sociales pour les territoires concernés par les suppressions d’effectifs.

La loi de programmation militaire (LPM) va être soumise au Parlement. Quelle est sa finalité ?

La présentation de la LPM sera un exercice périlleux pour la droite. Selon le ministre de la Défense lui-même, il manque 40 milliards d’euros pour tenir les engagements financiers pris par Michèle Alliot-Marie. Nous avons toujours dénoncé le caractère utopique des décisions du couple Chirac-Alliot-Marie. Aujourd’hui, les trois armées voient des programmes importants menacés : porte-avions n° 2, hélicoptères de manœuvre de l’armée de terre, remplacement des avions de l’armée de l’air affectés à la dissuasion… Par ailleurs, le Président oblige le ministère de la Défense à remplacer les avions qu’il utilise pour ses déplacements. C’est choquant

À l’heure de l’entrée de la France dans l’Otan, le chef de l’État est-il, par le financement de la défense, en accord avec ses discours diplomatiques ?

Le chef de l’État dit vouloir une France jouant un rôle sur la scène mondiale. En réalité, il s’aligne sur la politique de Bush et réduit les dépenses. Son projet consiste-t-il à jouer les supplétifs des États-Unis en toute circonstance ? Cette option est accréditée par sa décision d’envoyer des troupes en Afghanistan sans vote du Parlement, alors que la stratégie américaine dans ce pays a largement échoué. Or, revenir dans le commandement intégré de l’Otan sans conditions revient à mettre la France sous tutelle des États-Unis. Cela est injustifiable dès lors qu’il existe de grandes divergences entre nos deux pays, notamment sur l’Irak. Il faut discuter des visions et du rôle de chacun et surtout avancer préalablement sur la construction d’une défense européenne.

Propos recueillis par Ariane Vincent