« La Défense mérite un grand débat national », par François Lamy, secrétaire national en charge des questions de Défense
Le débat présidentiel avait mis en lumière la nécessité d’une remise en discussion de nos outils de défense, la dernière réflexion datant de 1994 et la situation économique, sociale et financière de la France exigeant de faire des choix. En décidant, en août dernier, de mettre en chantier un Livre blanc sur la Défense et en créant une commission ouverte pour le mener à bien, le président de la République avait semblé faire preuve de sagesse. En effet, lorsque l’on gouverne et que des décisions importantes doivent être prises en matière de Défense, l’intérêt du pays réclame que l’on y regarde à deux fois.
Il s’agit là du cœur des missions de l’État : la sécurité des Français, la protection de nos valeurs et de nos libertés, la défense de nos intérêts économiques. Cela mérite un grand débat national et des décisions basées sur le consensus le plus large.
Mais en la matière, Nicolas Sarkozy a agi selon sa méthode : alignement idéologique sur l’administration américaine, hyperprésidentialisation et décisions à l’emporte-pièce en fonction de la situation financière de la France. C’est l’annonce de la réduction d’un tiers de la composante nucléaire aéroportée, la réintégration dans le commandement intégré de l’Otan sans proposition sérieuse sur ses missions, l’annonce de 42 000 suppressions de postes sur 7 ans, la création d’une base à Abu Dhabi et l’envoi de renfort en Afghanistan. La seule mesure pouvant faire consensus – la révision des accords de défense et leur approbation par le Parlement – a fait long feu avec la nomination d’un ministre de la Coopération, choisi par les dirigeants africains les plus accrochés à la Françafrique. Quant à la relance de la défense européenne, c’est le silence total.
Il y a urgence à rééquilibrer nos institutions et à remettre le Parlement au cœur des débats sur les questions internationales et de défense. Pour les socialistes, pour la démocratie, c’est une exigence.