Nicolas Sarkozy,champion de l’impopularité
L’état de grâce du président de la République n’aura été que de très courte durée. Septmois seulement après son élection, il a provoqué un vrai choc de défiance chez les Français. Délégué national aux Études d’opinion, Gérard Le Gall analyse les raisons d’une telle chute.
Un an après la présidentielle, comment caractériser aujourd’hui la situation politique ?
Depuis 1958, malgré des constantes, chaque mandature connaît son propre rythme. La dernière est incontestablement marquée par la brièveté de l’état de grâce. Sept mois seulement après son élection, le Président enregistre une perte de confiance qui, au fil du temps, vire à la défiance vis-à-vis de sa personne, son style, son « bilan » eu égard aux promesses de campagne.
La popularité du Premier ministre – en recul depuis deux semaines – exprime la volonté de l’opinion de livrer un message au Président, sur l’art de gouverner, plus qu’une adhésion à la politique gouvernementale. Matignon pourrait bientôt connaître des temps difficiles.
Assiste-t-on à une remontée du Président ?
Outre son caractère timide, par rapport à l’impressionnante chute des derniers mois, la « remontée » n’est pas générale. Sauf dramatisation internationale, l‘impopularité présidentielle devrait être durable. Les nuages qui s’amoncellent sur la conjoncture économique mondiale, à terme sur l’Europe, ne sont guère porteurs de confiance. Les révisions, déjà à l’oeuvre, seront autant de piqûres de rappel d’une campagne présidentielle dominée par le pari sur la croissance, la démagogie et, depuis l’été, par le manque d’anticipation économique et une piètre gouvernance.
Quelle sera la place des dernières élections intermédiaires dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy ?
Elles marqueront assurément la mandature. Le puissant « vote sanction » lors des municipales et des cantonales est sans précédent depuis 1958. Nié par la droite au soir du 9 mars, il va s’intensifier entre les deux tours pour se traduire, par une implantation record de la gauche depuis 1945, en termes de présidences d’exécutifs départementaux et de population administrée dans les villes de plus de 3500 habitants. Même s’il convient d’être prudent, le rapport de force électoral, psychologique, pas encore idéologique, s’est modifié dans le pays. « Mars 2008 » illustre le retour de la gauche, après son piètre score au premier tour de la présidentielle (36 %) comme le retour du Parti socialiste qui, selon la Sofrès, retrouve une image positive (45 % contre 42 %), après de longs mois d’interrogation. Parallèlement, l’UMP retrouve les « basses eaux » (33 % contre 54 %), le Modem plonge dans la crise et le FN confirme son reflux de 2007.
Propos recueillis par Damien Ranger.