Grand Paris : un duel capital

Le Conseil régional d’Île-de-France devrait adopter, le 17 avril, un rapport des plus réservés sur l’utilité du Grand Paris défendu par le chef de l’État. Côté finances, il suggère le renforcement de la péréquation entre communes riches et pauvres, par l’institution d’une taxe professionnelle unique (TPU) ou la réforme du fonds de solidarité régional (FSRIF).

«Lutetia non urbs, sed orbis». Paris n’est pas une ville, c’est un monde. Rarement sans doute les propos de Charles-Quint, en référence au rayonnement culturel de la capitale, n’ont paru d’une actualité aussi brûlante. La grande offensive lancée par le chef de l’État et le gouvernement contre le Schéma directeur d’Île-de-France (SDRIF) est à cet égard significatif des passions que suscite le sujet. «Si le Grand Paris est une structure qui s’interpose entre la région et l’État, ça n’est pas une bonne affaire pour les Franciliens», prévient Jean-Paul Huchon. Lequel voit dans ce projet une sérieuse remise en cause des principales missions dévolues à l’exécutif qu’il préside. Ce qui l’a poussé à constituer, en octobre dernier, une commission chargée d’élaborer des propositions, sous l’impulsion de Jean-Paul Planchou,responsable du groupe socialiste au sein du Conseil régional.

Cohérence

Cette commission a présenté, début avril,un rapport(1) qui sera soumis au vote du CRIF, le 17. Il évoque, en particulier, le renforcement de la péréquation entre communes riches et pauvres, vial’instaurationd’une taxeprofessionnelle unique (TPU) à l’échelle régionale ou une réforme du Fonds de solidarité régional (FSRIF). «Répondre aux véritables défis d’unemétropole durable et solidaire, c’est à la fois conforter son attractivité internationale, réduire les inégalités sociales et territoriales, anticiper la crise énergétique et développer une qualité de vie urbaine, économe des ressources naturelles,en termes de logement, de déplacements et d’activités économiques», précise Jean-Paul Planchou. Favorable à une « nouvelle cohérence métropolitaine», la commission reconnaît une spécificité au coeur de l’agglomération. Elle propose d’en confier les clés à la Conférence métropolitaine, créée par Bertrand Delanoë. Dotée d’un statut particulier, de moyens techniques et financiers appropriés, celle-ci associerait dans un même élan municipalités, intercommunalités – renforcées pour l’occasion –,départements et région. Elle suggère, par ailleurs, l’élaboration d’un plan métropolitain pour l’enseignement supérieur et la recherche, l’extension à tous lesmodes de déplacement des missions du STIF, la création d’un Syndicat du logement en Île-de-France (SYLIF) et l’adaptation des textes législatifs sur l’urbanisme pour permettre la densification des espaces urbains.

Intercommunalité de projet

Manière de donner ainsi une assise à cette intercommunalité de projet que Jean-Paul Huchon appelle de ses voeux autour de problématiques particulières comme le logement, les ordures ménagères ou le traitement des eaux. Des relations bilatérales entre la capitale et plusieurs municipalités franciliennes ont d’ores et déjà abouti à la création de 450 opérations de coopération, en concertation avec des collectivités de toutes tailles, sur des thèmes aussi différents que l’aménagement urbain, l’habitat, les transports ou les espaces verts. Ces coopérations contribuent à créer une culture commune qui transcende les limites territoriales au sein d’un espace politique partagé.

Bruno Tranchant

(1) « Scenarii pour la métropole Paris-Île-de-France demain »