De Kaboul à la rue de Solférino

Rencontrer Hazrat Sarabi, c’est comme ouvrir un livre d’histoire.

À 63 ans,il s’apprête une nouvelle fois à changer de vie. Presque une troisième naissance pour celui qui a vu le jour en 1945, en Afghanistan. Élevé avec ses 9 frères et soeurs, le jeune homme est un excellent élève. Sorti major de sa promotion au lycée franco-afghan de Kaboul, il obtient, au début des années 60,une bourse pour venir étudier à Paris. Une aventure qu’Hazrat Sarabi garde gravée dans sa mémoire lorsqu’il retourne au pays pour accomplir son service militaire.

Grâce à ses diplômes, il obtient le droit de ne pas prendre les armes et choisit alors d’enseigner le Français dans le lycée de son adolescence. En 1978, lorsque les communistes renversent le président Daoud, Hazrat Sarabi est déjà un homme de gauche. Il se réjouit de ce coup d’État mais seulement un mois après la prise de pouvoir, le nouveau régimemontre son vrai visage et les premières victimes tombent sous le coup de la répression. Alors, vient le temps de la résistance et dumaquis.Hazrat Sarabi croit à la force et à l’utilité du maintien d’une opposition,mais l’arrivée des Soviétiques plonge encore un peu plus le pays dans le chaos.Il fuit au Pakistan avec son fils de 6 ans, avant de regagner la France. Lorsqu’il évoquer ce départ, l’émotion est encore palpable.

En cette fin du mois d’avril 2008, il finit d’emballer ses cartons, après plus de 25 ans de bons et loyaux services auprès du Parti socialiste, notamment à la reprographie. Il a commencé place du Palais Bourbon, lorsque François Mitterrand y a installé son local de campagne, en 1981. Depuis, il a vécu, rue de Solférino, tous les instants de la vie du parti, des plus glorieux aux plus sombres. Celui qui l’a le plus touché, et dont il parle avec une extrême pudeur, c’est au soir du 21 avril 2002, la défaite de Lionel Jospin : « Ça m’a fait mal. »

Mais Hazrat Sarabi n’est pas du genre à se retrourner sur son passé, une fois la retraite venue. Réfugié politique, il est, depuis un mois, officiellement français et peut donc retourner sans risque « au pays ». Et il compte bien retrouver sa terre natale avant la fin de l’année, avec deux objectifs : aider à la construction de nouvelles écoles et écrire,dans sa languematernelle, sa vision de l’histoire contemporaine afghane. Un livre dans lequel, espère-t-il encore, il n’aura pas à raconter qu’en 2008, les troupes françaises sont venues soutenir les États-Unis dans une guerre sans fin.

Ariane Vincent