Retard à l’allumage pour le Grenelle de l’environnement

Seulement 6 mois après le grand raout médiatique de clôture du Grenelle de l’environnement, les participants expriment leurs doutes sur la concrétisation des propositions. Béatrice Marre, secrétaire nationale du PS au développement durable, et Philippe Martin, député socialiste spécialiste des questions environnementales font un premier bilan d’étape du Grenelle.

Pourquoi les bonnes intentions du Grenelle de l’automne dernier semblent être passées à la trappe ? Leur difficile concrétisation peut tout d’abord s’expliquer par la procédure peu banale qu’a choisie Nicolas Sarkozy. « Faire dialoguer des extrêmes comme le MEDEF et des ONG était une démarche noble, assure Béatrice Marre.

Mais dans ce processus, les députés ont été oubliés. » Pour Philippe Martin, « ces mêmes députés de la majorité qui ont été écartés veulent reprendre la main et revenir à une conception beaucoup plus productiviste et moins environnementaliste ». Le parlementaire socialiste poursuit : « Le Grenelle sous-tend une modification de notre système économique, le constat que le libéralisme et le capitalisme épuisent les ressources de la planète. Je ne suis malheureusement pas sûr que les députés UMP soient prêts à ces modifications philosophiques et politiques ». D’ailleurs, l’hiver aura permis aux lobbyistes de faire leur travail : convaincre inlassablement de l’impossibilité, dans l’état actuel de la croissance du pays, de promouvoir une autre forme de consommation.

Il faut dire que pour l’instant, le Grenelle se résume à une proposition phare : la pastille verte pour l’achat d’un véhicule à faibles émissions polluantes. Une mesure qu’on peut qualifier « d’astucieuse à l’image de son créateur, Jean-Louis Borloo », estime Béatrice Marre. Et pour cause : un système de « bonus/malus » permet un équilibre, et donc une réforme à moindre coût pour les pouvoirs publics.

« L’argument est de mettre la pression indirectement sur les constructeurs, mais pourquoi ne pas commencer par eux ? », s’interroge la responsable socialiste qui s’inquiète de ces « mesures palliatives ».

Pour preuve des craintes éprouvées par l’ensemble des participants, une tribune a été publiée dans le quotidien Le Monde, sous l’impulsion de Nicolas Hulot. Un texte qui ne mâche pas ses mots, pointant « un sentiment d’enlisement et d’essoufflement de la dynamique (qui) s’est fait jour parmi les acteurs du Grenelle ».

Ariane Vincent