Portrait : Serges Boulade
Ne parlez pas du label « agriculture raisonnée » à Serge Boulade. Pour cet éleveur de l’Allier, il s’agit tout bonnement d’un non-sens. Lui a opté pour l’agriculture biologique, il y a huit ans. Une mutation somme toute logique. Serge Boulade a toujours banni de son exploitation les usages « contre-nature » comme l’abus d’insecticides ou le non-respect du repos de la terre, en digne pourfendeur de l’agriculture expansive.
Ancien responsable syndical à la chambre d’agriculture de son département, Serge Boulade vit avec force son engagement. À 49 ans, il entame son second mandat de maire à Audes, la commune de 451 habitants où il réside. « C’est un village qui a besoin d’avoir à sa tête une personne qui connaît la terre, l’entretien des chemins, la vraie vie rurale. Mon métier d’agriculteur éleveur est un avantage pour assurer ma fonction d’élu. » Une fois qu’il a terminé de s’occuper de ses 120 bovins et de sa centaine d’agneaux, il trouve encore le temps de veiller à la bonne administration de sa commune. Un agent technique et une secrétaire à plein temps l’assistent dans toutes ses démarches, mais l’édile avoue que c’est loin d’être suffisant. « La charge administrative est de plus en plus lourde et dans ce village, la fonction d’élu ne séduit plus vraiment, ce que je peux comprendre », assure-t-il.
Cette crise des vocations touche également l’agriculture mais n’entame pas l’optimisme de Serge Boulade. Père de deux enfants, il peut raisonnablement espérer que la relève sera assurée. Élève en lycée agricole, son fils se passionne pour la nature au point de vouloir y consacrer son métier. Quant à sa fille, étudiante en psychologie, elle a hérité de la fibre politique.
En attendant qu’ils prennent le relais, Serge Boulade veut mener à bien ses projets pour Audes. Grâce à un regroupement pédagogique, une école a rouvert et compte aujourd’hui 45 enfants. Il s’agit certes d’une sérieuse charge de travail mais cet établissement représente aussi l’avenir du village. Le maire veut mettre en place, dès la fin du printemps, un menu biologique, « de l’entrée au dessert ». À terme, il aimerait renouveler cette opération et la rendre hebdomadaire. « J’essaie d’orienter au maximum ma commune vers le respect de l’environnement », explique-t-il. Fidèle à ses convictions.
Ariane Vincent