Portrait : Mehdi Ouraoui

Pour ce spécialiste du discours, la parole est d’or. À tout juste 27 ans, Mehdi Ouraoui enseigne l’analyse de la parole politique à l’IEP de Paris. Une activité parmi beaucoup d’autres mais à laquelle le jeune homme voue une passion particulière. Il lui a même consacré un recueil, Les grands discours socialistes français du XXe siècle,paru il y a peu et que le Premier secrétaire du PS en personne, François Hollande a préfacé.

Fils d’une mère institutrice spécialisée et d’un père moniteur d’auto-école, il grandit dans le Sud-Ouest où il coule une enfance tranquille. Mais très vite, ses professeurs, étonnés par son potentiel,lui conseillent de poursuivre sa scolarité à Paris, au lycée Louis-le-Grand. L’adolescent sait qu’il doit saisir cette opportunité. Il se retrouve ainsi propulsé dans l’un des plus prestigieux établissements du pays.

L’école tiendra toujours une place importante dans sa vie. Pour lui, elle est un sésame pour «l’émancipation, la curiosité et la nouveauté ». Encore aujourd’hui,il n’est pas près de renoncer à cette soif d’apprendre. Son curriculum vitae est impressionnant: normalien, docteur en droit, enseignant à Sciences-Po mais aussi à la Sorbonne et bientôt avocat. Et il continue ses recherches en droit européen.

Le jeune responsable national du PS est pourtant loin de la caricature du rat de bibliothèque ou de l’érudit pédant.Une carrure d’Hercule et une voix enfantine lui confèrent une bonhomie aux antipodes de la prétention. «Je ne suis vraiment pas une bête de concours. J’ai toujours rencontré des profs qui me guidaient d’un diplôme à l’autre et j’aimais tellement l’école que, c’est vrai, j’y suis resté», avoue-t-il modestement.

En marge de ses études, Mehdi Ouraoui prend sa carte au PS en 1997. Depuis, son militantisme ne fait que s’intensifier. Encore plus depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. « Il exerce un pouvoir faussement pragmatique, très idéologique, loin de ce qu’on pourrait prendre pour une suite d’improvisations », explique-t-il avant de mettre en garde : «Le vrai danger serait de se replier vers un socialisme gestionnaire en cédant sur les idées ». Une menace qui pousse le jeune homme à s’investir.

Quand il rentre chez lui, en Aquitaine, s’il ne pêche pas la truite, il se replonge dans les grands textes politiques, et notamment la prise de parole de François Mitterrand à Épinay. Selon lui, certaines phrases résonnent d’une actualité particulière à l’ère du sarkozysme. Comme celle-ci : «Le socialisme, c’est avant tout une rupture avec l’ordre établi ». Car, pour Mehdi Ouraoui, « quand on est socialiste,on éprouve forcément une réaction épidermique de rejet des inégalités qui existent aujourd’hui plus que jamais ». Et ce ne sont pas que des mots.

Ariane Vincent